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Lectures
"Sans doute est-il difficile (voire impossible) de parler de "La Nuit succombe" d'Hervé Delabarre tant on y peut retrouver l'écriture automatique. Alain Joubert, dans sa préface, met en évidence le surréalisme qui coule dans ce recueil. Il en voit la preuve dans la lecture que fit André Breton de "Danger en rive" : "… c'est chez Hervé Delabarre que Breton retrouve et désigne le chemin de cette poésie qui ne doit rien au calcul, mais tout aux fulgurances de l'inconscient…" (p 10). Revenant à "La Nuit succombe", Alain Joubert relève les mots de vie qu'il oppose aux mots rares...
Les poèmes d'Hervé Delabarre ne vont pas sans une certaine obscurité tant ils explorent cet inconscient dont parle Alain Joubert dans sa préface. Le lecteur attentif remarquera le goût de Delabarre pour l'image insolite "L'ongle / Incise une nuit capitonnée" (p 17) tout comme pour les mots voisins sur le plan phonétique : "Ainsi va l'immonde / L'antre et l'autre / L'auge et l'ange" (p 18). Le jeu sur les mots n'est pas absent : "mot dire" qui évoque maudire (p 22). Dans la première suite, "Des douves en corps et toujours", le vers se fait bref (réduit souvent à un mot ou deux). "Fétiches", par contre, regroupent deux proses assez longues qui sont l'exemple même de l'écriture automatique (mâtinée de réflexions parfaitement rationnelles). Dans la seconde, on retrouve le sire de Baradel qui traversait déjà quelques pages de "Prolégomènes pour un futur" ; mais l'important n'est pas là, il réside dans le hasard objectif… "La nuit succombe 1" sait se gausser d'une certaine poésie : "la poétesse poétise / et met des bigoudis aux rimes" (p 44) : c'est réjouissant ! L'objectif est bien de capter ce que dit l'inconscient et non de faire joli… Quand ce n'est pas l'ironie qui reprend cette phrase jadis analysée par André Breton dans le Premier manifeste du Surréalisme (1924) et qui devient sous la plume de Delabarre "Laissez venir, marquise, vos cuisses ouvertes à deux battants" (p 56). Même l'attitude anti-cléricale propre aux surréalistes (je me souviens en particulier de cette photographie où l'on voit un crucifix pendu à une chaîne de chasse d'eau ! ou l'ai-je rêvée, ce qui en dirait long sur mon inconscient…) est présente dans un poème d'Hervé Delabarre : "Botter le cul aux pèlerins de Lourdes ou de La Mecque" (p 62) ! "Intermède" (qui regroupe trois poèmes consacrés à des héroïnes de contes traditionnels : Blanche-Neige, le Petit Chaperon rouge et la Belle au bois dormant) est placé sous le signe de la cruauté. Cet ensemble n'est pas le résultat direct de l'automatisme, du hasard tant il est réfléchi mais il exprime parfaitement un certain aspect de l'inconscient et la vision est décapante. L'érotisme n'est pas exempt d'une certaine imagerie convenue (cuissardes, cravache, nudité…) mais il est sauvé par l'humour (la vache qui rit) ! L'irrespect quant à la mort est de mise… La multiplicité des personnages qui apparaissent dans "La nuit succombe 2" assurant une distanciation salutaire et rendant acceptables l'irréligion et l'érotisme (la vulve est omniprésente) de ces poèmes.
La seconde partie du recueil est un longue (une vingtaine de pages) et libre médiation sur le mot carène qui s'est imposé pour sa sonorité. Les mots jouissent, s'accordent et s'abouchent pour leur musique, pour leur bruit sans aucun rapport au signifié comme le souligne Hervé Delabarre dans ses explications liminaires. Au total, ce livre témoigne du surréalisme qui irrigue la production de maints poètes qui ne s'en réclament pas ouvertement mais qui n'ont jamais fini de payer leurs dettes. Tant le surréalisme a été une porte qui reste ouverte."
Lucien WASSELIN (cf. "Fil de lecture" in recoursaupoeme.fr, juin 2017).
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" Ce livre, nous dit Alain Joubert dans sa préface, « va vous tenir longtemps au cœur même d’un monde en perpétuel renouvellement ». Il insiste sur le caractère automatique de la poésie d’Hervé Delabarre, marquée par le surréalisme et sa proximité avec André Breton, poésie qui évoque aussi un Benjamin Péret ou un Jean Arp.
Mais qu’est-ce, finalement, que l’écriture automatique ? Alain Joubert précise :
« L’écriture automatique est d’abord une preuve, pas une œuvre. Les textes ainsi produits sont le résultat d’une expérience intérieure qui s’aventure jusqu’à mettre au grand jour ce que l’être recèle de plus secret pour lui-même, ce qui se dissimule dans les plis de son inconscient. Cette preuve désigne la source de la poésie, et assigne au langage – à l’écriture – une exigence à s’incarner ; ainsi l’œuvre peut-elle ensuite apparaître.
Mais y-a-t-il une voie automatique, ou bien faut-il plutôt parler de voix automatique ? Ne serait-ce pas le bruit d’un mot, analogiquement proche de celui d’un autre, qui provoquerait un télescopage en forme d’image, plus riche que la somme des deux termes qui la composent ? Précisons cependant que le seul « son » ne suffit pas au poète, tant il est vrai que le rythme intérieur ne lui fait pas « entendre » des bings, des bangs, des zooms ou des zowies, mais bel et bien des mots qui sont chacun porteurs d’un son, des mots-sons en quelque sorte. Et s’il est vrai que le poète « entend » quelque chose en amont du langage en formation, ce sont des mots qu’il entend, pas des bruits ».
La poésie d’Hervé Delabarre recèle une dimension auditive singulière mais elle fait aussi émerger du non-conscient des forces crues et inattendues, parfois ludiques, parfois implacables.
Le premier poème de ce recueil s’intitule Le sourire noir et dès les premiers vers, un style s’impose, mais non restreint au langage, il s’agit d’un style de l’Être.
A la marge du sourire
La menace
Comme une détresse
Imprécation
A peine murmurée
De la blessure à la bouche
De la vénération à la terreur
Dans la ravine
Où les tourments sont soulignés du doigt
Le scalpel désigne à la blessure
Les crins noirs de l’abécédaire
Franchie l’orée des bas
Et des étoffes noctambules
L’ongle
Incise une nuit capitonnée
…
Ou encore avec Autre chose :
Les mots sont détournés de leur sens,
reste à savoir s’ils en ont un vraiment.
Le rasoir ne dort que d’un œil,
les draps en feu carillonnent,
un arbre foudroyé vous salue,
et la barbe elle-même se met à pleurer.
Quoi de plus beau qu’un cure-dent
sinon le cul de Proserpine
ou bien, pour faire bander les rimes,
celui de Messaline.
Quant à l’amour,
C’est à désespérer vraiment,
il n’est plus qu’un chemin de croix
qui monte vers un lointain Golgotha
…
Hervé Delabarre, ce sont aussi des contes et des chants, des contes cruels, à l’érotisme astringent et des chants hantés par le jeu des sonorités.
Il est là
Gominé dans ta glu
Englué dans ta glose
D’impudique immolée
D’immodérée sacrée
Et fosse profanée
Car c’est ainsi
Tu l’oses
Que viennent les images !
Voici un livre pour « affronter les intempéries du baiser ».
Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, 27 mai 2017).
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Les Hommes sans Epaules éditions qui ont en 2015 publié un fort volume des poèmes d’Hervé Delabarre récidivent avec un second recueil : La nuit succombe, suivi de Carène. On y retrouve les trois voix affectionnées par Delabarre, que j’entends comme trois paliers dans son expérience de l’écriture automatique, selon qu’un drame personnel, une dérive onirique ou une interprétation perverse-polymorphe (comme on dit des enfants) et parfois burlesque commande à la coulée verbale. La dernière partie de ce recueil donne à lire un long poème « Carène », qui, expérience unique pour son auteur, fut écrit, selon la même écoute de son inconscient, pour être lu en public, accompagné par un groupe de rock. Ce poème, longue incantation érotique, est bien ce jeu de colin-maillard entre signifiants et signifiés, quand les mots s’aimantent les uns les autres, vertigineusement : « Es-tu Carène – Es-tu – Le cri noir d’Hécate ». Une préface d’Alain Joubert ouvre ce livre, dont on retient cette proposition retournant comme un gant une célèbre formule : le langage se structure selon les mouvements de l’inconscient. »
Guy GIRARD (in Infosurr n°134, novembre 2017).
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Poète et peintre, Hervé Delabarre est l'auteur d'une vingtaine de plaquettes et livres de poèmes. Il est demeuré fidèle à l'éthique du surréel, à la morale de la vérité, à la poésie et au Merveilleux, au surréalisme historique et éternel, qu'il a prolongé dasn ses oeuvres et incarné avec un tel éclat, qu'il ne détonne certainement pas aux côtés d'André Breton et de Benjamin Péret. Avec ce dernier, Hervé Delabarre est le poète dont l'eouvre porte le plus l'empreinte de l'automatisme.
La nuit succombe, nous dit Alain Joubert dans sa préface, " va vous tenir longtemps au cœur même d’un monde en perpétuel renouvellement des approches et des sensations." Joubert précise le caractère automatique d ela poésie de Delabarre comme une preuve, aps une oeuvre: "les textes ainsi produits sont le résultat d'une expérience intérieure qui s'aventure jusqu'à mettre au grand jour ce que l'être recèle d eplus secret pour lui-même, ce qui se dissimule dans els plis de son inconcsient."
Mirela Papachlimintzou (in revue Contact n°81, Athènes, Grèce, mars 2018).
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"L'ouvrage contient un recueil de poèmes sur un monde en perpétuel renouvellement des approches et des sensations et un poème, écrit en 1981, dans lequel le poète traduit ce qu'il ressent pour le mot carène après avoir écouté, la veille, un groupe de rock amateur."
Electre, Livres Hebdo, 2018.
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Lectures critiques :
Poète aussi précis qu’aérien lorsque il parle l'amour, Tison transforme les corps en étoiles lointaines et proches. Il fait de sa passion pour une fleur disparue une longue patience. Plus désirable en effet devient la princesse lorsqu'elle est séparée de son guerrier. C'est comme si sa promesse ne fut que différée. D'où des mélodies insistantes mais discrètes par respect à son "silence".
Frédéric Tison rejoint ainsi celle qui ne serait désormais l'autre que par miracle. Mais surgissent ces "nuages rois" en retour, en offrande. C'est comme si la lune tendait sa psyché à un tel visage. La langue rôde au bord des ténèbres des nuages dont les voiles se défont loin de tout énoncé convenu. Le texte devient un miroir luminescent, instrument gigogne en latence pour celle qui arme encore le scribe toujours lesté de son amour. Les lecteurs deviennent les pèlerins d'un tel voyage de retour mais aussi de redécouverte pressentie. Et ce, en un éventail d'émotions charnelles ou divines. Clôtures et ouvertures, invitations sensorielles caractérisent une œuvre qui reste tout autant érotique que spirituelle.
Tison trouve le moyen de s'opposer au dualisme âme/corps en penchant pour une entité indivisible où tout fonctionne de manière interactive. La pensée vient de l'expérience sensorielle et vice-versa en un travail où se combine l'expression de la chair et de l'esprit en un cycle ininterrompu.
Jean-Paul Gavard-Perret (in salon-litteraire.linternaute.com, 23 avril 2021).
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Frédéric Tison a baigné chaque mot dans son Styx, son fleuve de mort personnel, avant de le déposer, rutilant, neuf, dans le poème. Chaque mot lâché par la bouche du poète est capital, sa vie en dépend. Sa vie ? Son chant intérieur, qu'on entend comme si le poète parlait à côté de nous. Mieux : en nous. C'est de la musique, c'est un rythme, discret et intime. Musique de l’âme.
À partir de là, nuages, ciels, barques, sentiers, d'essence divine, d'essence royale, ne cessent de nous hausser vers toujours plus de beauté et de liberté. Le souffle de la Nature a passé : Marcheur, épouse-moi dans mes détours de pierre" : Parole du sentier, qui monte vers toi. - Que ton pas sourde au sein de ces cailloux, parmi le chardon bleu, le bouton d'or, toute l'haleine. En lien avec la Nature se tient une civilisation magique où rois, reines, châteaux, sont fantasmagories sacrées du poète : Une reine se dérobe en ces lieux. - Elle avait quitté ce paysage ; ses larmes étaient tombées ainsi que des offrandes. - Son visage, ci-gît, se révèle sans parler, ainsi que la neige sur les toits. Les mots sont hiératiques, simples et forts.
La civilisation magique se perpétue dans le présent avec des éléments mythifiés comme la rue, la fenêtre, la chambre. Impression onirique très prégnante, presque hallucinatoire : Le désordre s'accroissait. Les statues égarées dans les rues, les passants de hasard, les sources noires étaient des songes pour mes yeux. - Et l'eau-forte du ciel n'entamait pas les nuages. - Des corps survenaient dans la ville qui étaient parlés par le vent. La vue à ses outils rêvés, déclinés sous la forme récurrente de miroirs, d'ombres, de silhouettes, bref de reflets. C’est l'image en variations du poète lui-même, mais aussi de tous êtres et choses aimés par lui, qui traverse telle une brise ville et campagne.
Dans Nuages rois, le lexique est aérien : oiseau, vent, toits, nuages, ciels, ailes, montagne, tout monte, vers quelle divinité intérieure ? Tu apprends du nuage sa leçon blanche et légère, sa lyre transparente, toute seule jouant ; ses haltes et ses hâtes ; ses éparpillements. Voici un art poétique, que l'on retrouve un peu plus loin : Hâte-toi - et ne te hâte pas ; ce que le vent vient de te dire ne s'annule pas : le ciel, l'oiseau, la terre et l'arbre ont lieu.
Car entre les poèmes sont des passerelles, des ponts légers comme un fil de toile d'araignée, et c'est bien un royaume de fils d'or tendus qu'est chaque livre de Frédéric Tison, un castel d'échos sans fin où se perdre avec délices, dans l'éternelle lutte contre la prison terrestre, dont la clé unique est la beauté : Elle se souvient. Belle détenue dans les miroirs, elle sait encore la lumière libre. - Elle sait qu'elle est de la même source que l'ombre, dans l'interrègne des fleurs. - Et toujours cette retenue, cette suspension, un dieu délicat : (...) entendez-vous ma prière éparpillée, vos neiges m'attendent-elles tandis que je passe devant votre visage et retiens doucement votre image en pleurs ?
Tout est délicatesse et dignité, telle cette notation du couchant : Inestimable rouge à l'horizon, inestimable rose, inestimables bleu et noir. Il s’agit bien d’amour, et d’un trop-plein de beauté : Il pleut ; mon Dieu, la pluie est bleue, face au vide intersidéral : Tu créeras ta barque éblouissante. - Ton navire dévorant l'amour sera sur la mer l'écriture qui tremble et la parole qui vibre. À la toute fin, le poète est le prince.
Claire BOITEL (in Les Hommes sans Epaules n°52, octobre 2021).
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Lectures critiques
Avez-vous une claire vision du paradis ? Ou de lui une bouffée d’espérance ? Êtes-vous attiré par ce lieu comme on peut l’être par un bon repas après des jours de famine ? Probablement pas. Mais à lire le dernier recueil de Breton, vous surprendra sa stupéfiante évidence. Vous vous interrogerez : Faut-il croire avec lui le paradis à porter des yeux et des âmes, ou est-ce du poète une nouvelle espièglerie ? Si l’on en croit le titre, il suffirait de prononcer ce simple sésame : « lumière » et, aussitôt, la nature prolixe se donnerait à voir. Elle vous établirait dans son royaume, vous rendant apte à nommer tout ce qu’elle contient, à acquiescer à toutes ses correspondances. Les mots pour le dire manqueront à votre enthousiasme bredouillant. Vous appellerez à l’aide vos proches, vivants ou morts, mais tous ensemble, bredouillant ou pas, vous conclurez profondément ravis : « et nous n’avons rien dit ».
Arpentons maintenant quelques pages. Le poème d’ouverture donne le ton et l’allure de la terre à découvrir : « Les arbres sont parfaits et les fleurs si pures », et nous, « dans la maison, nous continuons à vivre. Un chat médite en silence. Non lue, une lettre jubile ». Le recueil s’organise ensuite en deux étapes, aux nuances infimes : Choisis plutôt quelques rivières, dont je reçois les poèmes comme un conseil, puis, Métiers, qui liste quelques édéniques activités humaines (électricien, puisatier, etc.) ou les fruits de leur travail (jardin, lampe, la table garnie, le bal, etc.). Un même hymne à la présence traverse les deux parties. Nommons-en quelques-unes : la bruyère, le roncier, l’œillet, la tulipe, la marguerite, la jonquille, les chèvrefeuilles, et le coquelicot ; la libellule, les abeilles, le criquet, le ramier, le héron, le condor, la chouette, le chat (mais pas le chien), etc. ; mais également le ruisseau, le vent, la lune, les collines et montagnes, l’herbe, la pluie « qui parle bas au mystère du feuillage », etc.
En dernier lieu, on doit citer les nuages, princes bienveillants qui traversent les cieux avec nonchalance. Comme on le voit, le paradis du poète se trouve être une terre parfaite, pas loin du sud de la France (je me souviens alors des livres de Jean Delumeau sur le Paradis, racontant les nombreuses expéditions qui l’avaient cherché loin, très loin, du côté de l’Iran et de la Chine, alors qu’il serait par ici). Y ayant élu domicile, le poète muet de joie s’exclame : « J’y scintille » et y reçoit des encouragements : « sois l’extraordinaire, » ose être là avec tous, « fragiles et forts, au cœur de tout / dans la majesté des choses ».
Vivre au Paradis consisterait à vivre en paix au milieu d’une beauté inépuisable, et sans fin de dire « merci à la calme lumière », et sans fin d’être comblé par l’extraordinaire d’une rivière, tel « l’art à son sommet ». Oui, me dis-je en refermant le recueil, une telle vie serait le paradis. Dans ce dernier recueil, Alain Breton poursuit sa quête, toujours animé par son « optimisme d’étonnement ». Dans Je ne rendrai pas le feu, prix Apollinaire 2024, il nous avait introduits dans un immense présent propice à mille et un enfantillages, tous plus sérieux et plus exaltants les uns que les autres.
Dans En attendant qu’ait parlé le Grand Cerf, en 2025, nous avons vu le souffle de la Genèse s’emparer à neuf de notre monde – et nous, d’y assister, nous nous impatientions que cela se produise. Maintenant ce nouveau recueil nous propose une nouvelle alliée : « Ménage-toi, ô lumière ! La nuit reprend confiance et nous montons la garde ». Et si nous prononçons ce mot-sésame, « Lumière », nous découvrirons que nous n’y sommes pas seuls : « Ainsi vous étiez là, homme des rires et des grimaces éphémères », tous fragiles et humbles, « comme ces nuages qui, à peine écrits, effacent leur nom ».
Utopie ? Farce ? Naïveté d’un verbe tenu par un fou léger se promenant dans nos rues ? Ces poèmes sont tout cela. Nous les offrant, Alain Breton répond simplement à sa vocation de poète : tendre vers l’insaisissable présence, ainsi que l’invite Gaston Puel (1924-2013) à la dernière page : « Nous écrirons qu’au nom des étoiles dont nous sommes tombés. Et nous n’oublierons pas cette fumée si légère qui semble lointaine dès qu’elle apparaît, c’est le meilleur de notre parole, c’est ce qui veut aller plus loin que nous, vers l’insaisissable présence. »
Pierrick de CHERMONT (in revue La Forge).
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Avec ce livre nous nous sommes encore élevés de plusieurs degrés. Quelque chose de l’appréhension mystique s’est accomplie, dans le réel, là où l’assigne le poète. Et c’est le temps du bonheur et de sa réfutation, autrement dit dans une perspective à la fois céleste et tellurique, le temps non pas d’une réconciliation idéale mais d’une annulation littérale des contraires.
La première impression qui émane du fond et de la forme dans la création / révélation majeure de l’ouvrage est éminemment sonore. D’emblée, insensiblement, les sons se substituent aux mots, aux lieux, aux situations, poursuivent leurs métamorphoses et commutations, les enrobent, les habillent, les percent, absorbent leur substance, se généralisent et culminent dans l’apologétique du nombre universel et acoustique !
Dès que nous avons perçu et intégré ce phénomène dans une pétillante poétique de synthèse, nous sommes appareillés pour entendre toutes les péripéties virtuelles des poèmes.
Cette transposition dans le domaine sonore fait de l’ouïe une lectrice éblouie arpentant les pays du réel, et entraîne dans son cours dégondé et démultiplié une réévaluation de l’ensemble du visuel.
Ainsi Alain Breton nomme-t-il non pas l’image mais le son, le faisant exister, lui conférant une authentique et prééminente matérialité dans sa fusion avec l’image et ses représentations graphiques, chromatiques et multisensorielles.
Dès lors entrent en scène tous les bruissements, froissements, murmures de la nature, l’intensité sonore pouvant, selon notre acuité du moment, s’amenuiser, s’éteindre ou s’intensifier. Parfois même l’auteur réactive l’enchantement au cœur d’un seul poème par la décharge plus forte d’un son isolé.
La seconde composante qui ne prend pas la précaution élémentaire de se différencier de la première est la lumière. Alternent-ils les poèmes sonores et les poèmes de la clarté ? On pourrait dire que périodiquement ou simultanément, ils se reposent, font des pauses les uns dans les autres, se condensent, s’objectivent ou trouvent encore des nouveaux moyens d’être conjointement dans l’équilibre des formes sensibles.
S’insère aussi une autre catégorie de poèmes, ceux de la nostalgie motrice, telle l’aile paradoxale, conductrice, majeure et évolutive de l’indépassable, de l’infranchissable douleur, de ces chants qui étouffent le cœur. Auxquels se rajoutent les poèmes philosophiques – aux chutes poignantes et énigmatiques – prospectifs, rétrogrades, ceux coupés dans le vif de l’espoir, ceux de l’acceptation, ceux en lévitation, en haut, en bas, des poèmes à étages, à tiroirs, au faîte du ciel, du détaché, du détachement, la liste se renouvelle sans fin, se complexifie et prend conscience à mesure de ses avancées.
Il y a la présence, la contingence sublimée de la pluie à qui il est beaucoup demandé comme à une madone, entre atomes et simulacre, dissimulée entre les éléments. Ô pluie, seras-tu la charitable ? La forme liquide, tangible, évanescente de l’espérance, la dernière vivante, Allons, prends patience. / Demain, la pluie remuera bien encore un peu, avec son pouvoir réparateur de tout impressionner.
La pluie est la plus subtile de la famille de l’eau, composée aussi des nuages, des courants, des orages, des fontaines, des neiges, des rivières, mais qui n’ont pas comme elle la passion ou l’innocence de croire que tout sur son passage peut s’apaiser, se refaire ou se transfigurer.
Chez Alain Breton l’effeuillement du nu, l’effeuillement en une seule fois de toutes ses nudités l’assimile à la pluie, c’est pourquoi si vous approchez l’ombre, la feuille, la terre, le scarabée, vous y verrez ce que son âme liquide, à force de noblesse et de spiritualité, y a fraternellement déposé.
Le style de ce recueil est si agile qu’on dirait qu’Alain Breton a retiré l’inutile des mots et même l’inutile des lettres. Avec un stylet fantôme « il écrit à » et décrit la transparence immédiate des choses et l’évanescence / souvenance des ombres et des formes dans la nature. Car c’est avec cette dernière qu’il traite d’évidence, de fidélité, d’identité et d’allégeance, plaçant en elle son unique et droite certitude, lui qui, par vision, révélation latente et supériorité atavique, n’en a aucune, donnant lieu à ses assises mêlées d’air, d’eau, de terre, de ciel, de vie et de mort, maximes lyriques, sentences oniriques, long, doux inépuisable homomorphisme empirique.
De cette nature il sera dit tant en des pages hors des tombes et hors des froids vestiges, jusqu’à nous transformer en feuillage, jusqu’à nous offrir ces lieux boisés, ces lieux du ciel, ces lieux liquides comme consolation et augures !
Du reste Pourquoi s’inquiéter ? quand nous vivons au milieu de choses, de naissance et d’essence, elles-mêmes consolées ; et bruissant parmi elles tant que nous vivons, échangeant avec le vent, les fleurs, les chemins, les étoiles ce que nous connaissons, puis faisant la nuit sur notre savoir. Est-ce pour cela que les poèmes ont raccourci ? A travers chacun d’eux Alain nous élève avec la brièveté, la fulgurance tranquille d’un baiser. Pourquoi s’inquiéter ? puisque celle qui ne sera pas nommée fait son aire éternelle dans L’inventaire des herbes / la chorégraphie des murs écroulés et quelle valeur a la mort dans l’eau d’une rivière ? Celle qui ne sera pas nommée mais qui faisait déjà son nid ultime dans la neige.
Enfin c’est aussi la démarche d’un poète qui cherche et trouve le bonheur dans le respect et la frugalité de son rapport à l’être. Ce n’est pas en six jours pour lui que se crée le monde, mais dans l’inachevé des jours, du temps, en des milliards de fragments visuels, auditifs, rabattant tous les critères des outrances et des débordements dans une jubilation aussi modeste que permanente de l’existence. Lumière et nous n’avons rien dit.
Odile COHEN-ABBAS (in revue Les Hommes sans Epaules).
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Dans la revue Les HSE
"Digne successeur de la Bouche d’orties, Pandémonium est un implacable couperet : Elle n’existe plus puisque vous respirez. Mais elle est quelque part. Elle vous apparaîtra quand vous éclairerez, cette nuit, comme un énorme cafard écrasé sur le mur. Henri Rode y poursuit son introspection singulière en enfonçant encore davantage les portes les plus reculées de l’être. Ici, les abîmes sont visités par un oeil impitoyable qui s’égare et fouille dans la profondeur de sa propre enceinte, « là où sexe et mort se rencontrent, se conjuguent, et s’hypnotisent pour la fulguration d’un rituel. » L’audace, la vision et le style de ces textes-poèmes touchent la perfection. Outre ce constat du sexe-monstre et de la vie, qui est billet pour l’abattoir, Henri Rode se révèle être un poète de l’illumination, dans la droite ligne de Baudelaire et de Rimbaud. Partant de la condition humaine, de la douleur en soi, Rode nous fait part de ses visions, qui prennent bien souvent la forme de véritables petits scénarii. Rode tutoie le merveilleux jusque dans la plaie. Composé de deux parties : L’Arbre prédateur et Pandémonium, ce recueil annonce très vite la couleur : « L’arbre prédateur est ce qui nous dévore, nous révolte et, sans doute, nous justifie. Trop de gens, qui préfèrent s’asseoir dans l’imbécillité des apparences, ne veulent pas savoir que cet arbre est en eux. » Dès le poème « Le mur », on songe à un automatisme visionnaire. Le vers rodien est une sonde qui circule dans nos artères (celles du poète, en l’occurrence). Jamais la douleur n’a été transposée avec autant de lucidité et de justesse : « La rage autodestructrice est contenue par les contradictions du corps et tient le monde en respect. » Poète de l’intériorité, Henri Rode observe et décrypte l’être sous toutes ses coutures : Ramifications qui me martyrisent, poussées obstinées laissant seules ma bouche libre, à vif. L’arbre fait de moi un utérus, prolifique et envahi, saccagé à la fois. Il cogne et s’insinue. »
Christophe DAUPHIN (Revue Les Hommes sans Epaules n°29/30, 2010).
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Critique
Éliane BIEDERMANN, in revue Friches, n° 93, printemps 2006 :
" Après un hommage au père disparu, l’auteur poursuit l’œuvre de celui-ci qui était peintre, en utilisant les mots sur sa palette de poète. Il le fait avec la délicatesse des artistes d’Extrême-Orient dans une mosaïque de touches légères : « Avant l’heure l’ailée s’éveille, / marche dans son jardin, / remue un peu de lumière. / Il a plu dans la nuit: / les flaques décideront le ciel. » Ici, les lumières de l’aube sur des jardins noyés de pluie font reculer l’ombre de la mort. […] Le mystère de notre identité, mémoire et passé qui se dérobent, hante la poésie de Paul Farellier. L’ombre et le miroir en sont des variantes qui apparaissent d’une manière récurrente. La célébration de la nature, « signe en paradis », et une quête fébrile de soi-même sont les composantes majeures de ce très beau recueil : « Le temps t’aveugle d’images, de reflets, de regards. / Que cherches-tu / sinon ta parole d’ombre ? / Un seuil est là / qu’il te faut déceler, / la demeure de la voix, / le sombre où luira ton silence ». "
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Critiques
"En février 1953, Jean Breton et Hubert Bouziges lançaient, sous le titre Les Hommes sans Epaules, ce qui allait devenir un mouvement, une collection et une revue, toujours vivante et rayonnante. Rares sont les revues qui, dans le domaine des idées et de la création, savent se renouveler pendant plusieurs décennies. En proposant une anthologie très complète de cette aventure, Appel aux riverains, Les Hommes sans Epaules Anthologie 1953-2013, (Les Hommes sans Epaules éditions, 2013), Christophe Dauphin permet au lecteur d’appréhender l’histoire et les mutations d’un mouvement et d’une revue de poésie qui se caractérisent par la richesse, la diversité et une exigence constante. En cinq cents pages, Christophe Dauphin nous offre une vision globale de cette aventure poétique sans gommer ses particularités, ses aspérités, ce qui la singularise dans le monde complexe de la création. La première partie de l’ouvrage rassemble des manifestes, des textes théoriques qui laissent apparaître une cohérence de pensée et une cohérence éditoriale fortes. La seconde partie rassemble une large sélection de poèmes de deux cents auteurs différents.
L’orientation de la revue est saisissable dans les manifestes et dans certains écrits de Jean Breton : « Seul à jouer au meccano du monde, à l’amour, le poète exaspère ses limites. Nous rêvons que son ambitieuse quête, que sa fouille minutieuse de la langue ne soient pas perverties par une futile autant que dérisoire volonté de prise de pouvoir sociale ! (…) L’important, en tout cas ici, est de signaler, de souligner l’émergence ou la permanence de nombre d’auteurs de qualité, ainsi que « les bonds en avant » de certaines œuvres. Par des textes de présence et de diversité, où l’ironie sera compagne de l’angoisse, où la poésie tentera de « préparer souterrainement un homme meilleur qu’elle ». Que nos auteurs d’avance soient remerciés pour ce don qu’ils ont de nous enchanter si tant est qu’ils ne sont que des hommes et des femmes « sans épaules », c’est-à-dire sans poids dans la société mais aussi fragiles porteurs d’antennes attentives à capter ce qui reste de la parole originelle. Et à promouvoir ce qui peut venir de la parole future. Bonjour, poèmes ! »
« La poésie n’est pas grand-chose dans le panorama des machines et des chiffres. Encore faut-il le cerner, ce pas grand-chose – au meilleur de sa forme ! Nous disons tous la même chose : mais les mots du poème, selon notre écoute comblée, sont toujours neufs. Ils déclenchent une nouvelle genèse, le monde recommence à partir d’eux. La banalité est le matériau de base, mais sculptée par un œil, une main et un cœur originaux. Une définition de la poésie parmi d’autres ? Ce serait un combat entre les sens et l’héritage culturel et linguistique, le tout fouetté par l’émotion. (…) A quoi sert le poème ? A pas grand-chose. Mais pour certains ce pas grand-chose est tout. Le poème neuf ajoute des vitamines à nos élans, c’est la grâce du style. Il resserre nos thèmes en nous. Il nous éclaire sur nos ombres. Il résume sans doute pour l’historien de demain – comme en télégrammes – un état de la sensibilité, de la perception sensorielle, du progrès linguistique, il devient un condensé du contexte historique et social de notre époque en même temps qu’un fragment imprévu, toujours un peu en avance, de l’universel. »
Evoquant Charles Fourier, qui invite à l’accomplissement de nos singularités, mais aussi Stanislas Rodanski et sa révolte sans fin, Christophe Dauphin rappelle que « La révolte a un langage : la poésie. ». Mais, ajoute Christophe Dauphin, le poète n’est pas seulement celui qui lance un cri de colère et d’indignation, il est aussi le guérisseur, au sens antique sans doute du terme, celui qui réconcilie avec soi-même, les autres et les mondes. Il nous parle de redressement, de surgissement, de liberté. Il est une quête poétique qui ne supporte aucune concession à l’arbitraire afin de laisser libre la place pour l’être, y compris en ses contradictions. Ce volume, plongée sans retenue, dans l’univers poétique d’un mouvement créateur, qui veut « préparer les hommes », est aussi, contre l’aphasie, la démission, la distorsion, une invitation à la vie et à l’amour. Maurice Toesca exhorte ainsi un jeune homme : « Passionne-toi, croyant ou non-croyant. Livre-toi tout entier au plaisir d’être. Où que tu sois, il y a un chemin qui va vers ton plaisir. Sache le reconnaître. Et tu verras que la vie est un passage grandiose. »."
Rémi Boyer (in incoherism.wordpress.com, 21 octobre 2013).
"Appel aux riverains, Les Hommes sans épaules, anthologie 1953-2013. C’est une longue histoire que nous donne à parcourir ce fort volume : fondée en 1953 par Jean Breton et Hubert Bouziges, Les Hommes sans Epaules peut s’enorgueillir d’une extraordinaire longévité – même si des aléas l’ont pendant un temps suspendue. Longévité marquée par « une grande cohérence éditoriale, mais aussi une vraie richesse, une ouverture et une diversité assez étonnante » souligne Christophe Dauphin qui dirige aujourd’hui la revue. La preuve en 206 poètes : chacun présenté par une notice bio-bibliographique très détaillée et par le choix d’une œuvre. Des textes théoriques, manifestes et critiques (J.Breton, H.Rode, Pierre Chabert, Sarane Alexandrian, Christophe Dauphin) ouvrent le volume, toute revue étant qu’elle le clame ou non l’expression d’une esthétique, d’un combat, d’une affirmation, d’une communauté. Se succèdent ensuite les figures des poètes qui font leur apparition au rythme de l’alphabet. De Max Alhau à Saadi Youssef qu’on juge de la diversité par quelques noms : Jacques Baron, Georges Bataille, Michel Butor, Tristan Cabral, Aimé Césaire, Mahmoud Darwich, André Frédérique, Lorand Gaspar, Ginsberg, Kadaré, H. Miller, Paz, Vesaas. Ces derniers cités pour suggérer que la poésie d’ailleurs a toujours eu une place de choix dans les HSE, pas moins que celle – et ce n’est pas si fréquent – des femmes : Gabrielle Althen, M.C Bancquart, Lise Deharme, Béatrice Douvre, Vera Feyder…Mais toutes ces signatures fameuses ne doivent pas faire oublier que la revue – et l’anthologie y fait justice – a toujours su, et aujourd’hui encore, accueillir de jeunes auteurs ou des œuvres méconnues. Histoire exemplaire d’une revue qui a su « comprimer » dans ses pages et par-là même exprimer les mondes poétiques de son temps, ceux pour lesquels le poète, guetteur et explorateur, s’aventure dans les « arcanes de la vie intérieure »."
La Revue des Revues (entrevues.org, le site des revues culturelles, octobre 2013).
"Le soixantenaire de la revue Les Hommes sans Epaules a servi de prétexte à Christophe Dauphin pour composer ce pavé anthologique qui se lit agréablement car le responsable a su mettre tous les atouts de son côté. La première partie du livre, couvrant 88 pages, s’attarde à présenter manifestes et critiques autour de l’aventure de cette singulière revue qui a su perdurer à travers trois séries. En rassemblant 204 auteurs publiés dans les HSE, Dauphin a choisi de les disposer dans un ordre alphabétique avec, pour chacun d’eux, une notice bio-bibliographique suivie d’un écrit représentatif. L’originalité de cette initiative entraîne pour le lecteur un regain de curiosité qui va le pousser au gré de son humeur à passer d’un poète à l’autre, et là, il va aller de surprise en découverte et de confirmation en révélation. Si l’on y croise des poètes « classiques » tels qu’André Breton, Jean Cocteau, Aimé Césaire ou Michel Butor, on y croise des auteurs rares comme Alain Borne, Lucien Becker, Jean Malrieu ou Ilarie Voronca. Une part importante est accordée aux poètes étrangers parmi lesquels Octavio Paz, Eugenio Montale ou le Prix Nobel 2011 Tomas Tranströmer, sans compter avec des dizaines de débutants. Menée de main de maître, « au scalpel de l’émotion », cette anthologie est une réussite et le témoignage parfait de ce que peut donner une passion dévorante alliée à une grande connaissance de la poésie vivante."
Georges Cathalo (Lecture flash in revue-texture.fr, 4 novembre 2013).
"La revue Les Hommes sans Epaules fête ses 60 ans d'existence. Noces de diamant célébrant le mariage en 1953 entre la poésie et un outil de rassemblement et de diffusion que les fondateurs nommèrent Les Hommes sans Epaules. Deux jeunes poètes, Jean Breton et Hubert Bouziges, sont à l'initiative de cette revue de fond. Fond par le sens, fond par la durée car il faut du souffle pour ne jamais s'épuiser en 60 ans d'existence. La durée des Hommes sans Epaules est d'ailleurs le signe de la grande vitalité qui anime l'humain désireux de ne pas lâcher la ligne de crête faisant de lui un homme de parole. Cette anthologie, rassemblant dans une première partie les textes et manifestes qui émaillèrent depuis sa création cette superbe revue, est la preuve que le poème habite l'homme, et qu'il est en lui, malgré les désastres sociaux et politiques, une ligne rouge constitutive de la personne humaine.
Christophe Dauphin, l'actuel directeur des Hommes sans Epaules, orchestre cette anthologie, racontant, dans une introduction de conviction, la riche histoire de cette revue. S'ensuivent des textes de Jean Breton, de Sarane Alexandrian, d'Alain Breton, de Pierre Chabert, d'Henry Miller, de Paul Sanda, de Guy Chambelland, de Christophe Dauphin, de Paul Farellier, d'Abdellatif Laâbi, d'Henri Rode et de Maurice Toesca.
Cette anthologie se nomme Appel aux riverains, en filiation avec le premier manifeste signé par la rédaction des Hommes sans Epaules de 1953, dans lequel les initiateurs affirmaient : "N'étant pas des esthètes, n'exigeant jamais une seule forme du poème, nous savons aussi que la poésie se cache dans l'équivoque, se déploie dans l'éloquence, se dénonce dans le silence. (...) La poésie prépare souterrainement un homme meilleur qu'elle. (...) Notre revue est un lieu de rencontres. Nous ouvrirons les portes, les laissant battantes, nous inviterons nos amis à s'expliquer sur ce qui leur paraît essentiel dans leur comportement d'être humain et de poète. (...) Nous désirons redéfinir notre condition de poète et de vivant."
Voilà qui fait un sérieux point commun entre la démarche des Hommes sans Epaules et celle de Recours au Poème, l'une revendiquant l'émotivisme, l'autre la profondeur, à travers un rassemblement poétique savamment dilapidé par la modernité technologique qui est l'ennemi même du Poème.
60 ans d'Hommes sans Epaules, c'est l'occasion, non pas de publier une anthologie anniversaire, mais d'affirmer la continuité du poème contemporain. Car après la série des textes et manifestes posant le combat du poème sur une soixantaine de pages, s'ouvre l'anthologie de poèmes proprement dite, soient 400 pages constituant une belle et sérieuse anthologie poétique de ces soixante dernières années.
Noces de diamant, disions-nous. C'est ainsi à la résistance du poème que se découpe la vitre sans tain de la Surface, sur laquelle l'image de la superficialité est peinte et rénovée en permanence afin de créer l'illusion que la réalité est toute contenue dans ce décorum.
Illusion. Simulacre. Superficialité. Imposture. C'est cela que le poème déjoue. C'est cette vitre, cette séparation, accentuée par la première modernité mortifère, que le poème traverse.
1953 : c'est l'année du début de l'équilibre de la terreur, les USA annonçant qu'ils détiennent la bombe H. C'est le choix, par Eisenhower, du conservatisme progressiste, qui renoue avec le libéralisme économique total. Ce sont les prémisses du totalitarisme d'affaire. 1953 : c'est la description de l'ADN, c'est le prix Nobel de la Paix attribué à Georges Marshall, c'est la mort de Staline, c'est la première retransmission internationale d'un événement en direct par la télévision, le couronnement d'Elizabeth II.
Dans ce contexte de redéfinition du monde d'après-guerre, avec la peur de l'atome, le choix du libéralisme et l'outil propagandiste de la télévision, naît la revue Les Hommes sans Epaules. C'est dans ce contexte d'essais nucléaires, d'explosions dans le ventre mère de la terre, de manipulation des esprits par le projet de divertissement de la télévision, c'est à dire, étymologiquement parlant, de faire diversion, qu'apparaissent les Hommes sans Epaules, ces "hommes et ces femmes sans poids dans la société mais aussi porteurs d'antennes attentives à capter ce qui reste de la parole originelle" comme l'écrit Alain Breton dans son essai "Ralentir, Poèmes".
Aucun poids dans la société, et n'en revendiquant aucun, "poètes engagés, nos frères dans la passion, pourquoi ignorer que la politique militante du poète, c'est tout simplement le ton généreux de son poème ?" écrit Jean Breton, conscient qu'être poète, c'est refuser la reconnaissance et la stature sociale, mais agir et dans le silence de son action, qui signifie amour, composer des poèmes car la vie l'intime absolument.
Plus loin, Christophe Dauphin déclare : "Le combat intime du poète est le combat de tout être avec les forces de la mort, l'oppression, les murs aveugles et sombres des systèmes sociaux. La poésie est inséparable de l'essence de l'homme dont elle est la plus impalpable, mais la plus profonde substance ; il la porte en lui avec sa solitude et son amour. La poésie préside partout où il va par le seul pouvoir des yeux".
Oui ! Qu'un poète soit "engagé", qu'il écrive des poèmes "dénonciateurs", qu'il arme sa parole pour répondre à l'injustice démultipliée, qu'il soit révolté, la fonction du poète est d'appartenir à la Paix et d'y travailler cordialement. Fraternellement.
Le Poème relève fondamentalement de la Paix et de son désir.
Plus loin, Dauphin précise : "La poésie est un besoin et une faculté, une nécessité de la condition de l'homme - l'une des plus déterminantes de son destin. Elle est une propriété de sentir et un mode de penser".
C'est dire qu'ici, il est davantage question de vision que de démonstration argumentée. Le poète réfléchit le monde et l'existence, il réfléchit sur le monde et l'existence. Et son mode de pensée n'a rien à voir avec les discours et les raisonnements. Il sait discourir. Il sait raisonner. Son mode de pensée transcende cela. Car il sait, le poète, quel fléau les émules du cartésianisme a pu introduire dans l'être, dans l'individu et dans l'ensemble humain avec la rationalisation n'ayant pour seul horizon qu'elle même. C'est d'ailleurs l'une des explications qui permettent de comprendre pourquoi l'intelligence du poète et la puissance du Poème sont aujourd'hui reléguées aux oubliettes et méthodiquement dépréciées. La rationalité ne voit plus que son propre visage pour objectif, fascinée par le jour et la clarté. La vision du poète, comme le langage du peintre, savent danser avec l'ombre et s'appuyer sur le vide pour prendre leur appui et converser avec la présence. Le Discours et la Méthode ont conquis le monde, contre la vision, complexe mais pas compliquée, subtile mais pas obscure, du poète. Le Discours et la Méthode travaillent à la ruine de l'homme, ils œuvrent à l'appauvrissement écologique de l'humain sur la terre. Mais la vision appartient à tout homme d'esprit. Et la Nature saura reprendre image dans le corps humain. Car son élan n'est pas de disparaître. Suivons Dauphin : "ce qui est, ce n'est pas ce corps obscur, timide et méprisé, que vous heurtez distraitement sur le trottoir - celui-là passera comme le reste - mais ces poèmes, en dehors de la forme du livre, ces cristaux déposés après l'effervescent contact de l'esprit avec la réalité. Autrement dit, le rêve entre en contact avec la réalité, c'est à dire le concret, le sensible, le monde des apparences qui suffit au commun des mortels. De cet effervescent contact résultera la poésie, c'est à dire "le réel absolu" pour Reverdy".
Lisez cette anthologie. Elle branche le cœur sur le vivant. Elle raccorde l'esprit au sang. Elle fait bouillir l'hémoglobine dans les veines. Vous y rencontrerez le meilleur de la poésie contemporaine à travers quelque 200 poètes. Et même s'il ne fut pas possible d'intégrer dans ce vaste travail l'ensemble des poètes publiés dans Les Hommes sans Epaules, ceux qui y sont vous donneront déjà une idée substantielle de ce que peut le poème pour l'homme."
Christophe Morlay (in recoursaupoème.fr, décembre 2013).
"L'anthologie 1953-2013, Appel aux riverains, rassemble des textes théoriques et des manifestes dans sa première partie, des poèmes dans la seconde. Cette émotion appelée poésie, disait Pierre Reverdy; émotivisme, nous dit Christophe Dauphin, qui rappelle que la révolte à un langage: la poésie. Il ajoute ailleurs, le poète n'est pas seulement celui qui lance un cri de colère et d'indignation, il est aussi le guérisseur, au sens antique sans doute du terme, celui qui réconcilie avec soi-même, les autres et les mondes. Il nous parle de redressement, de surgissement, de liberté. Il est une quête poétique qui ne supporte aucune concession à l'arbitraire afin de laisser libre la place pour l'être, y compris en ces contradictions. Jean Breton en citant Michel Serres ne disait pas autre chose: Etymologiquement, émotion veut dire: ce qui fait bouger. ce n'est pas avec des concepts ni des courbes que l'on fait bouger les choses, c'est avec de l'émotion. Dans cette superbe anthologie, plus de 204 poètes mêlent leurs voix afin de proposer une lecture globale des Hommes sans Epaules."
Gérard Cathala (in Arpo n°78, hiver 2014).
"Les Hommes sans Epaules, c'est une aventure hors-pair qui a débuté en 1953, à l'initiative de deux jeunes poètes Jean Breton et Hubert Bouziges... Soixante ans après leur fondation, Les Hommes sans Epaules est une copieuse revue semestrielle de 285 pages, aux sommaires riches et variés. Elle revendique l'héritage de la Poésie pour vivre, mais aussi la filiation du surréalisme et de quelques grandes voix solitaires comme celles de Guy Chambelland et d'Yves Martin et veut en faire la synthèse par le recours à ce que Christophe Dauphin nomme l'émotivisme, et présente non pas comme une nouvelle école esthétique, mais comme la recherche d'un art vivant vécu comme une nécessité....
Les Hommes sans Epaules éditent aussi des ouvrages sous son propre nom ou en tant que collection des éditions Librairie-Galerie Racine. Parmi les auteurs, Yves Mazagre, André Prodhomme, Alain Breton, Paul Farellier, Eric Sénécal, Pierrick de Chermont ou récemment Odile Cohen-Abbas. Parmi les ouvrages publiés à l'enseigne des HSE, je retiens l'impressionnante anthologie personnelle de Christophe Dauphin, L'Ombre que les loups emportent, regroupant son oeuvre poétique de 1985 à 2000, révélant une poésie sensible et fougueuse, authentiquement accordée à l'humain. Christophe Dauphin est également le maître d'oeuvre de la copieuse anthologie Appel aux riverains, choix de 206 auteurs publiés dans la revue de 1953 à 2013, qui prend pour titre celui du premier manifeste du groupe. Rien qu'en parcourant l'ouvrage, on réalise que le projet est bien plus qu'un simple retour sur l'itinéraire d'une revue à la longévité exceptionnelle. On est d'emblée surpris d'y trouver l'essentiel de la péosie contemporaine de ces dernières décennies, dégagée de tout parti-pris esthétique. Christophe Dauphin délaissant la chronologie a opté avec raison pour l'odre alphabétique des auteurs. Apparaît alors un large et saisissant panorama des auteurs qui marqueront durablement la poésie quand notre époque aura oublié les amusuers interchangeables qui nous divertissent gentiment par leurs exercices de langage. La poésie a bel et bien survécu à ses fossoyeurs zélés. Les textes fondateurs et les manifestes, rassemblés en première partie, sont plus que jamais d'actualité. Ils rappellent que la poésie est fondamentalement liée aux sens et à l'émotion et que son éthique exigeante ne peut se résumer à des questions esthétiques.
Sans nul doute, cette anthologie jouera un rôle de référence équivalent à celui en son temps de La nouvelle poésie française de Bernard Delvaille (Seghers, 1974) qui fut une révélation pour ma génération. En outre, Appel aux riverains concerne une période plus étendue mêlant plusieurs générations d'auteurs et fait preuve d'une plus grande diversité. Il s'agit bien d'un ouvrage indispensable à la découverte du mouvement de fond qui traverse la poésie vivante de notre époque."
Marie-Josée Christien (in revue Interventions à Haute Voix n°52, mars 2014).
"Être sans amis, ce n'est pas le cas des 204 poètes regroupés dans Appel aux riverains, l'anthologie 1953-2013 des Hommes sans Epaules, de Christophe Dauphin. La revue Les Hommes sans Epaules a été créée en 1953 par Jean Breton et Hubert Bouziges. En 60 ans d'activité, ça en fait des poètes publiés. Chacun d'eux a droit à une présentation fouillée de Christophe Dauphin (quel boulot ! chapeau !) et à un poème. Les poètes sont rangés par ordre alphabétique, mais si l'on veut on peut lire cette anthologie dans l'ordre chronologique. Une manière de suivre l'évolution esthétique de l'écriture des poèmes ? Les Hommes sans Epaules donnent une nouvelle fois la preuve que la poésie est aussi une oeuvre collective. Que les noms connus (il y en a des dizaines) charrient avec eux les inconnus. Ex: Gaston Couton: "Je te salue avec dédain, autorité, arme de tous les faibles, privilège des misérables... Qui peut te désirer à part le vaniteux... Ta semence n'engendre que semence fétide..." (publié en 1953). L'anthologie est précédée d'une série de textes théoriques. Une somme, mais aussi une malle aux trésors. on se penche dedans, on fouille, on pêche. bravo."
Christian Degoutte (in revue Verso n°156, mars 2014).
"Comment résumer soxiante ans d'une activité intense, d'une recherche sans cesse enrichie par une constellation de poètes qui se sont succédés au sein de cette revue de haut vol qu'est Les Hommes sans Epaules ? L'anthologie Appel aux riverains, sobrement paginée, renferme, pas moins de deux cent quatre poètes. Difficile de restituer une telle richesse et d'en faire l'inventaire. L'histoire commence par l'édition d'une plaquette réunissant deux voix, celles des fondateurs, Jean Breton et Hubert Bouziges, et intitulée: A même la terre. Une aventure commence et ce qui va suivre attestera, au fil des numéros, uen exigence poétique des plus aiguës. Les Hommes sans Epaules naissent donc en 1953 et cette excellente revue donnera lieu à la création d'uen collection de poésie contemporaine, elle-même d'une grande exigence. Cette anthologie Appel aux riverains, s'ouvre sur des textes théoriques (1953-2013) et notamment, par celui remarquable, du poète et essayiste Christophe Dauphin, actuel directeur des HSE, intitulé La Révolte a un langage: La Poésie! Ce texte souligne une insurrection nécessaire à l'instar de Charles Fourier, homme en quête d'harmonie universelle, inventeur de la théorie de "l'attraction passionnée" et dont les réflexions visionnaires du type: A quoi bon l'abondance, si elle n'augmente pas le bonheur de personne ?, sont plus que jamais d'actualité. La deuxième partie s'ouvre et s'achève sur les voix, et pas des moindres, de Jacques Baron, Tristan Cabral, Edouard Glissant, André Breton, José Millas-Martin, Henry Miller, Roberto Juarroz, Alain Jouffroy, Lorand Gaspar, Francis Giauqe, etc.3
Bruno Geneste (in Sémaphore n°2, mai 2014).
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"A l'occasion des 60 ans de la revue poétique les "Hommes sans épaules", cette anthologie propose une sélection de poèmes accompagnés d'une présentation de chacun des 206 principaux contributeurs : Sarane Alexandrian, Georges Bataille, Jacques Bertin, Michel Butor, Aimé Césaire..."
Electre, Livres Hebdo, 2013.
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C’est une forêt. Une forêt avec ses allées cavalières, ses clairières, ses taillis, ses mousses et lichens, ses futaies, ses broussailles, sa faune et sa flore. Sous le beau titre d’Appel aux riverains, Christophe Dauphin a rassemblé manifestes et poèmes publiés dans Les Hommes sans épaules. Fondée à Avignon en 1953, cette revue toujours en activité incarne une fidélité à une certaine conception de la poésie proche de Reverdy et des surréalistes.
La première série, de 1953 à 1956, avait été dirigée par Jean Breton. La publication a ensuite été relancée par le fils de Jean Breton, de 1991 à 1994, puis, avec la force et l’énergie de Christophe Dauphin à partir de 1997. L’anthologie propose de « dresser un inventaire de soixante ans de poésie, au scalpel de l’émotion » (p. 7). Christophe Dauphin revendique la filiation et la cohérence de cette aventure éditoriale singulière.
La première partie du livre offre un choix de critiques et de manifestes où l’on trouvera « l’appel aux riverains » lancé en 1953 – appel vibrant à « réveiller le poète derrière sa poésie ». Un texte d’Henry Miller sur Avignon voisine avec une lettre de Maurice Toesca, un texte de Sarane Alexandrian ou les manifestes émotivistes de Christophe Dauphin. On lira aussi avec intérêt « la voix des Arabes libres », texte écrit par Abdellatif Lâabi lors des révolutions arabes de 2008.
La plus grande place reste, naturellement, aux poèmes. L’anthologie rassemble plus de deux cents poètes publiés dans les pages des Hommes sans épaules. Chaque texte choisi est précédé d’une biographie et d’une bibliographie indicative. Si ces notices bien informées sont utiles, elles auraient sans doute gagné à être plus concises. On cherche trop souvent l’information au milieu de commentaires et de jugements qui, dans bien des cas, n’apportent rien d’essentiel ni de nouveau. On le regrette d’autant plus que l’ouvrage a cette grande qualité d’apporter des renseignements bio-bibliographiques sur des poètes méconnus. C’est en effet la richesse de la revue d’avoir ouvert largement ses portes. On trouvera dans ses pages des poètes célèbres comme André Breton, Mahmoud Darwich, Allen Ginsberg, Roberto Juarroz, Jacques Réda ou Pierre Reverdy – d’autres, connus mais un peu oubliés, comme Lise Deharme, Jean-Pierre Duprey, Jean Malrieu, Joyce Mansour – et des voix qui reviennent comme celles de Stanislas Rodanski, Jean Sénac ou Tarjei Vesaas. Dans cet écosystème, passent aussi des poètes contemporains comme Pierrick de Chermont, Henri Droguet ou Vénus Khoury-Gata. Et puis, cette généreuse et égalitaire anthologie donne toute sa place aux poètes du demi-jour, aux irréguliers inconnus comme Albert Fleury, Jules Mougin ou Jean Rousselot. Ce n’est que justice, et l’anthologie remplit bien sa fonction en rappelant le rôle de ces auteurs « mineurs » qui contribuèrent cependant à l’air du temps poétique du second vingtième siècle français.
Outil nécessaire pour se faire une idée de la richesse de la production poétique des soixante dernières années, L’Appel aux riverains est ainsi une belle invitation au voyage et à l’égarement hors des sentiers balisés
François Bordes (in La Revue des revues n°51, 2014).
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