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2005 - À propos du numéro 20
« Parlant de thèmes ou de dossiers, je me dois de mettre le pied sur l’accélérateur pour celui que les Hommes sans Épaules n°20 consacrent à un écrivain presque ignoré au profit de son héros et de plus uniquement considéré comme un auteur de polars, alors qu’il s’agit d’un poète à part entière, Léo Malet, dont nous parlent abondamment Karel Hadek, Christophe Dauphin et Yves Martin. Qui n’oublient pas, eux le compagnon des surréalistes, et surtout de la dissidente « Main à plume ». C’est bien vrai qu’il fut l’introducteur en France du polar américain, et plus encore le véritable « inventeur » du roman noir, direct, brutal, mais plus encore, et c’est là qu’il se distingue des « modèles », intelligent ! Mais je viens de prendre connaissance de quelques poèmes et je reste ébloui par le talent d’un de ces surréalistes que Breton ne put exclure : trop important pour cela. Et pour le mouvement surréaliste. Et quelle liberté de ton et de vocabulaire ! Je ne me fais pas à l’idée que ce grand vivant ait disparu en 1996… Il faudra que je reparle d’une autre disparue, poète elle aussi, et quelle poète : Claude de Burine… et dont deux personnes à peine, son compagnon et Christophe Dauphin, ont suivi le cercueil. Le lot des poètes ! » Paul Van Melle (Inédit Nouveau, n° 201, avril 2006).
« On ne pourra pas tout dire de cet important numéro 20 des HSE. Il faut lire l’éditorial de Christophe Dauphin : Pas un espace sans combat, pas un atome sans cri !, vers repris d’Alain Morin. Claude de Burine (1931-2005) est évoquée dans une succincte note qui nous donne cet inédit : « Tout commence quand on ne parle plus ». Dans la série des « Porteurs de feu », Christophe Dauphin évoque la vie d’Alain Morin et Paul Farellier celle de Jean-Vincent Verdonnet. « Ainsi furent les Wah : poètes », est une chronique qui brosse un rapide portrait de quelques poètes : François Montmaneix, Paul Farellier (Il n’est plus de terre / des ciels tombent en ciels), Jacqueline Lalande (Te remettre au monde / fumer la terre avec mes larmes), Jean-Michel Bongiraud, Yannick Girouard (Qui gravera dans l’écorce des cris / la mémoire d’exilés de nulle part / réfugiés des frontières ?) et Colette Gibelin. La revue nous propose ensuite un dossier sur Léo Malet et Yves Martin, deux poètes méconnus… La surprise vient de la rencontre de ces deux poètes si différents, mais pourtant si semblables, dans un entretien de 1975, dans lequel Léo Malet tente d’expliquer que sa poésie est passée dans ses romans policiers… Paul Farellier nous emmène ensuite à connaître Jean-Paul Hameury : « une ambition chez ce poète : nous emmener aux confins (..), outre la parfaite maîtrise du tragique dans son expression poétique, de dissoudre ainsi des frontières qu’on jurerait immuables : celles de la vie et de la mort ». Et de citer : Or c’est d’être sans patrie – qu’on peut enfin habiter la terre. Enfin, dans la rubrique « La Mémoire, la poésie », Rose-Hélène Iché nous propose Robert Rius (1914-1944) à l’encre de lune, assassiné par les nazis… Changeant de registre, la revue interroge Paul Sanda sur les éditions Rafael de Surtis. » Bernard Fournier (Aujourd’hui poème n°71, mai 2006).
« Les Hommes sans Épaules n°20. La revue dirigée de main de maître par notre collaborateur Christophe Dauphin (auteur par ailleurs d’un intéressant et accessible Verlaine aux éd. de Saint-Mont), sur la voie ouverte par Guy Chambelland sur son Pont de l’Epée. Chaque numéro est riche de quelque 150 pages. Les poètes ont la parole et l’on parle des poètes : Jean-Vincent Verdonnet et Alain Morin, Yves Martin (avec un surprenant entretien avec Léo Malet, Quand la poésie mène au polar) et Jean-Paul Hameury. Les éditions Rafael de Surtis, drivées par Paul Sanda, agitateur surréaliste, sont à l’honneur. Les notes de lecture creusent jusqu’à la moelle du poème. » Jacques Fournier (Ici è là n°5, septembre 2006). « La revue les HSE n°20, au sommaire copieux, présente un dossier conséquent sur les éditions Rafael de Surtis, comprenant un entretien avec Paul Sanda et la présentation de treize auteurs du catalogue. Paul Farellier livre une approche de Jean-Paul Hameury dont on peut lire également un choix de textes. Un autre dossier concerne l’œuvre de Léo Malet, sa vision de la rue et du merveilleux et d’Yves Martin. A lire également des poèmes de Jean-Vincent Verdonnet, François Montmaneix, Jean-Michel Bongiraud et Colette Gibelin. Christophe Dauphin rend un hommage mérité à Claude de Burine, une grande voix de la poésie contemporaine décédée en 2005. » Marie-Josée Christien (Spered Gouez n°13, décembre 2006)
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Lectures :
Les Hommes sans Épaules, numéro 58 : Daniel Varoujan. Quand on reçoit un numéro des HSE, plus que pour bien des revues, il faut se précipiter sur l’éditorial de Christophe Dauphin. Il donne le ton et l’esprit aux cahiers qui suivent en dessinant un pays où s’entrelacent le mémoriel, l’histoire, le politique, les coups de gueule et les bourrades chaleureuses. Un peu comme un marin qui après un long périple revient au bar du pays et vous parle de « là-bas ».
Celui du numéro 58 est parmi les plus émouvants que j’ai lus. Il dit s’inspirer d’un manuscrit inédit (j’espère pas trop longtemps) qui nous fait partir de son village natal où prit racine sa relation avec l’Arménie par l’intermédiaire d’un ami, Raphaël Thorossov, mort en 1998, à 101 ans : « Du fond de mon enfance, je te revois Raphaël. Tu déambulais dans le village coiffé de ta légendaire toque noir et vêtu de ton manteau en astrakan […] Tu me parlais, de là-bas… Ce pays que tu avais quitté, non sans avoir emporté dans un bocal de généreux grammes de terre. “Elle partira avec moi” me disais-tu. ».
Des noms surgissent, connus ou méconnus (j’y apprends les racines arméniennes de Paul Farellier, ce qu’ami aveugle je n’avais pas relevées), des rencontres, des titres de recueils, des pages d’histoire arménienne, avec ses crimes, pillages, massacres d’hommes, femmes et enfants jusqu’à ce « génocide de 1915 », et qui fut suivi de deux guerres récentes, puis encore celle de 2020… Et pourtant le pays dont il nous parle brille d’une lumière inégalable, avec ses jardins, son architecture, sa musique car ce pays est d’abord celui apparu par un lien d’amitié : « Que d’histoire de sang et de liens fraternels avec l’Arménie dans le mouchoir de nuages de notre bourg haut-normand ! »
Après cet édito, le cahier Ainsi furent les Wah I ouvre ses pages aux auteurs ayant mentionné l’Arménie durant cette période, dont Quillard, Max Jacob, Hikmet, Mandelstam et Grossman avec son inoubliable carnet de voyage, Que la paix soit avec vous. S’y joignent des poètes arméniens, dont le plus ancien, dont on garde trace s’appelle Grégoire de Narek (940‑1000), avec ce poème « Toi qui prends soin des âmes », Siamanto, Lubin, pour donner des noms que je connais un peu. C’est une nouvelle occasion de signaler la qualité des notices biographiques de la revue qui en fait un incontournable de toute bibliothèque résolue et ambitieuse.
Quelques vers arméniens résonnent encore à mon oreille : « Nous voici, nous arrivons, nous sommes la malédiction / La lance rusée enfoncée dans l’obscurité » (Sévak). « Notre génération a plus d’amis dans l’autre monde que celui-ci » (Kostan Zarian). Je fais connaissance avec ce poème d’Armen Lubin « N’ayant plus de maison ni logis / Plus de chambre où me mettre / Je me suis fabriqué une fenêtre / Sans rien autour. »
Ensuite s’ouvre le dossier sur Daniel Varoujan qui tisse à maille serrée la biographie du poète et la tragédie du génocide durant laquelle le poète avec trois compagnons fut attaché à un arbre et lardé à mort de coups de couteau. En regard de ces pages si douloureuses représentées par l’emblématique poème « Terre rouge », me frappe cette vague de grands poèmes épiques et fraternels qui compte (au moins) Varoujan, Hikmet. Ils nous racontent l’histoire de héros éponymes de leur pays, chantent leur peuple et leurs paysages, visant ainsi, comme l’écrit Dauphin en parlant de Varoujan, à réconcilier « le mythe héroïque et le réel ».
Suit le cahier Ainsi furent les Wah II où je découvre deux poèmes de Manouchian (j’ignorai qu’il était poète) dont ces quatre vers : « J’ai pris la sinueuse allée du village ; / — Mon soleil sur les épaules comme un abricot, / À mes lèvres tremblantes un vieux chant de laboureur -, Je pars livrer mon cœur au cœur des montagnes. » C’est beau comme du Whitman.
D’autres auteurs se succèdent. Les lisant, je ne fais plus la distinction entre les poètes arméniens ou autres, les biographies s’entremêlent, avec, omniprésentes, les pages sombres de l’histoire universelle du XXe siècle, que pourtant traversent de nouveaux poèmes, telles un Nil aux eaux félines traversant les sables du désert. Quelques noms et vers lus et médités : Verdet et son Anthologie des poèmes de Buchenwald, Mélik, Bonnefoy évoquant l’Arménie et nous confiant cette définition de la poésie : « C’est tenter de rendre aux mots la pleine mémoire de ce qu’ils nomment » ; Sévak, Kertész et encore Buchenwald ; puis de grandes et belles pages sur le poète et traducteur Godel ; l’article sur la géopoésie de Chaliand, arpenteur du monde et de ses luttes qui nous dépose un conseil de vie : « Il faut conserver son esprit critique, ne jamais se laisser duper par notre propre propagande, et faire preuve de détermination, toujours… ». Je m’attarde, distrait sur ses vers biographiques : « J’ai fait plus de quinze métiers / au gré des pays et du vent / Je gravis le toit du ciel / avec ma chevelure de nuage / et mon cœur coule par la nuit des villes » ; Mahmoud Darwich apparaît en nous offrant trois poèmes de pleine humanité : « Dépose ici et maintenant la tombe que tu portes / et donne à ta vie une autre chance / de restaurer le récit » ; ou encore Gérard Mordillat, dont j’ignorais le versant poétique de son œuvre ; Akopian, poète engagé pendant quarante ans auprès du Secours populaire ; l’étonnante Krikorian, « l’arménienne de Téhéran » ; le poète Rugamba et, avec lui, le génocide des Tutsi, et ce texte « Kaddish pour l’Afrique » ; puis des poètes plus proches, des amis ou des poètes à rencontrer : Caroutch, Brissiaud, Dauphin lui-même, Tison, le neurochirurgien et poète de Besançon Laurent Thinès, Tavera, Marie Bouchez (« Les toits vaguent sur notre âme / Mais c’est sur nos mémoires que le soleil se couche »), etc.
Et pour finir, avant le généreux cahier de recension, une dernière figure vient nous saluer : Kamel Bencheikh, et avec lui, la « décennie noire » de l’Algérie que surmonte une poésie invaincue (« je n’existe plus que pour la mémoire lapidée qui m’assaille ») Un numéro des HSE à vivre comme une prière universelle de la poésie.
Pierrick DE CHERMONT (cf. Revue des revues, in recoursaupoeme.fr, 6 mars 2025).
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Les Hommes sans Épaules sont des cahiers littéraires semestriels fondés par le poète Jean Breton en 1953. Le nom de la revue provient du roman préhistorique de J.-H. Rosny aîné, Le Félin géant (1918). Cet opus n° 58 présente un dossier sur « Daniel Varoujan et le poème de l’Arménie », préparé par Christophe Dauphin, qui dirige un comité de rédaction de cinq personnes.
C’est par la rencontre avec Raphaël Thorossov, son vieil ami, que Christophe Dauphin, citoyen de la république d’Artsakh (il possède un passeport depuis 1991) est devenu arménophile. Raphaël a été l’ami de Siamanto et Missak Manouchian.
Par le biais de la poésie et ses poètes, l’ouvrage évoque le Génocide des Arméniens, ceux des Grecs pon[1]tiques et des Assyro-Chaldéens. C’est ainsi que l’on peut lire Grégoire de Narek, Nahabed Koutchak, Sayat Nova, Siamanto, Rouben Sévak, Kostan Zarian, Eghiché Tcharents, Armen Lubin, Vahé Godel (traducteur de la plupart des poèmes), Parouïr Sévak et Violette Krikorian.
Une longue biographie précède quelques poèmes de Daniel Varoujan (“J’ai là, sur ma table, dans une coupe, un peu de terre d’Arménie. L’ami qui m’en a fait cadeau croyait m’offrir son cœur – bien loin de se douter qu’il me donnait en même temps celui de ses aïeux”).
Sont évoqués également Gérard Chaliand et Charles Akopian. Quant aux arménophiles, on trouve Pierre Quillard, cheville ouvrière du journal Pro Armenia. « Les Alliés sont en Arménie », est un long poème de Max Jacob, publié en 1916. Nazim Hikmet, Yves Bonnefoy, Ossip Mandelstam, Vassili Grossman, abordent eux aussi la tragédie arménienne.
Au fil des pages, on trouve des illustrations de Léon Tutundjian, Arshile Gorky, David Erevantsi, Ervand Kotchar…
Un livre riche qui foisonne d’informations, fait office parfois de livre d’histoire et fournit, outre les titres d’ouvrages des écrivains, d’autres titres pour ceux qui veulent approfondir leurs connaissances.
Zmrouthe AUBOZIAN (in France Arménie n°528, avril 2025).
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Les Hommes sans Épaules consacrent ce numéro 58 à Daniel Varoujan & le poème de l’Arménie. Au cœur de ce numéro nous trouvons le génocide des Arméniens au siècle dernier, qui n’est toujours pas reconnu par nombre d’Etats, mais aussi d’autres drames, d’autres grandeurs.
Partant de son village natal et d’une expérience personnelle, Christophe Dauphin retrace le parcours de ce peuple Arménien, combattant de la liberté et victime tant de l’indifférence que des dérives autoritaires.
Nous découvrons des poètes exceptionnels, des êtres engagés, des écrits inattendus et révélateurs qui nous parlent non seulement de l’Arménie, de ses épreuves, de ses richesses, mais de la nature humaine dans ses horreurs, ses tristes banalités comme dans ses expressions les plus sublimes. C’est toute la culture et la spiritualité arménienne en ses multiples prolongements qui s’inscrit dans les mots de ces poètes, tous survivants, tous exilés, sauf peut-être d’eux-mêmes. Ce n’est pas seulement une poésie de l’exil ou de la tragédie, ou des tragédies avant la tragédie, nous y découvrons un sens aigu du politique, une sagesse, une métaphysique, un plan pour le futur.
Extrait de Terre Rouge :
J’ai là, sur ma table, dans une coupe,
un peu de terre d’Arménie.
L’ami qui m’en a fait cadeau croyait
m’offrir son cœur – bien loin de se douter
qu’il me donnait en même temps celui
de ses aïeux.
Je n’en puis détacher mes yeux –
– comme s’ils y prenaient racine…
Terre rouge. Je m’interroge :
d’où tient-elle cette rougeur ?
Mais s’abreuvant tout ensemble de vie
et de soleil, épongeant toutes les blessures,
pouvait-elle ne pas rougir ?
Couleur de sang me dis-je,
terre rouge, bien sûr, car elle est arménienne !
peut-être y frémissent encore des vestiges
de brasiers millénaires,
les fulgurances des sabots
qui naguère couvrirent d’ardente poussière
les armées d’Arménie…
Y subsiste peut-être un peu de la semence
qui me donna la vie, un reflet de l’aurore
à laquelle je dois ce regard sombre,
ce cœur qui hante un feu surgi
des sources même de l’Euphrate
ce cœur couvrant l’amour non moins que la révolte…
Ce numéro 58 est particulièrement important, il nous entraîne au cœur de l’âme arménienne mais il retrace aussi l’histoire d’un peuple qui nous définit tous.
Rémi BOYER (in lettreducrocodile.over-blog.net, 29 octobre 2024).
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On ne peut qu’être admiratif devant la prodigieuse puissance de travail de Christophe Dauphin ainsi que par sa parfaite connaissance des poésies du monde entier. Le focus est ici placé sur l’Arménie grâce à des documents et des écrits poétiques rares et très émouvants. Avec 324 pages de lectures enrichissantes, les HSE s’affirment encore un peu plus dans le vivier de la poésie actuelle.
Georges CATHALO (in terreaciel.net, janvier 2025).
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« On croit « tout » savoir à propos des horreurs qui ont fait le XXe siècle, mais à chaque fois on en découvre de plus affreuses encore. C’est ce qui nous arrive en lisant le n°58 de Les Hommes sans Épaules consacré à l’Arménie.
Ici, je ne vais vous parler que des poètes qui composent ce numéro (piloté par Christophe Dauphin qui présente chaque auteur en détail), des poètes des premiers âges : Grégoire de Narek (vers l’an mille) : « Toi qui prends soin des âmes / souffrantes, mutilés / à présent je T’implore / me voici gémissant // Veille à ne pas accroître ma souffrance… » Nahabed Koutchak (16èmesiècle), Sayat-Nova (18èmesiècle), aux poètes du 20èmesiècle, dont le plus remarquable à mes yeux est Armen Lubin (1903-1973) : « Ça sent l’aubergine et le piment farci / Ça sent la cuisine orientale et le phono turc / Sur le palier une petite main mendie… / … Dans cet hôtel plein d’Arméniens sortis on ne sait d’où / D’Arméniens sortis… mettons des massacres // Monta d’abord le socialiste baron Kissikian / tourneur chez Citroën… »
Il y a bien sûr Missak Manouchian « Tourmenté comme le forçat, persécuté comme l’esclave – J’ai grandi sous le fouet du mépris et de la privation /A me battre contre la mort, aspirant à la vie / J’ai été attentif à chaque enchantement » et Daniel Varoujan (un fort dossier) : « J’ai sur ma table dans une coupe / un peu de terre d’Arménie… »
D’autres poètes présents dans ce numéro sont des amis du peuple arménien (Max Jacob, Yves Bonnefoy) ou les enfants, nés en Europe de l’Ouest, d’exilés arméniens : Vahé Godel, Gérard Chaliand : « Et nous avons fatigué le désert de nos pas / portés par l’espoir de la mer / La terre, taureau funèbre dont le souffle desséchait nos corps / longue retraite / où nous n’avons rêvé que de retour natal… »
Et encore Francesca Yvonne Caroutch : « Le ciel est plein de mains coupées / et els fossiles du sommeil / oscillent sur des socles d’ombre… / … Tu cries comme une graine folle / oubliée dans un fau d’argile » ; et la relève virulente de la poésie arménienne, Violette Krikorian (née en 1960), « Prière de femme », : Donne-moi aujourd’hui ma beauté quotidienne / délivre mes yeux des travaux / d’aiguille et des lunettes / délivre ma langue de ma bouche / délivre ma bouche de la langue de bois / délivre mes mains, mes jambes, tout mon corps… » Encore plein de trucs dans ce numéro. »
Christian DEGOUTTE (in revue Verso n°200, mars 2025).
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2006 - À propos du numéro 21
« Un communiqué des HSE nous informe de la disparition de Jean Breton qui, pour moi, est toujours resté le fondateur de la collection de poésie à 1 franc (français de 1969), que beaucoup ont abandonnée lorsqu’elle est passée à deux francs. Mais en fait il fut surtout un poète discret, auteur avec le regretté Serge Brindeau, en 1964, d’un ouvrage que je rêve de découvrir, mais épuisé depuis longtemps : Poésie pour vivre, le manifeste de l’homme ordinaire, qui paraît-il a fait de lui à l’époque « le chef de file des poètes de l’émotion ». C’est ce que rappelle le comité de rédaction de la revue littéraire qu’il fonda en 1953, Les Hommes sans Épaules (référence au grand maître de l’anticipation Rosny, encore un Belge !), qui continue aujourd’hui ses livraisons semestrielles…. La revue Les Hommes sans Épaules n°21, n’a donc plus Jean Breton, ni Guy Chambelland, disparu en 1996, et à qui un premier hommage avait été consacré en 2000 (n°7/8). Elle récidive aujourd’hui dans un imposant dossier, ce qui permet ma question. Et la réponse est oui. Bien d’autres poètes ont fondé des revues, souvent avec peu de chances de réussite, et même certains n’ont pu sortir qu’une seule ou peu de livraisons, parfois devenues célèbres. Indication de plus que les deux « métiers » peuvent (presque doivent pour d’aucuns) être vécus avec la même passion. Chambelland, lui, a réussi son entreprise avec la revue Le Pont de l’épée, mythique, et ses éditions, devenues classiques par les choix rigoureux du revuiste et poète. Christophe Dauphin introduit le dossier et le salut de nombreux poètes d’aujourd’hui, mais j’ai particulièrement apprécié la petite anthologie de la revue et des éditions reprenant un texte paru souvent il y a bien longtemps et où j’ai le plaisir de retrouver mon voisin Robert Goffin, de La Hulpe, que je n’ai pu rencontrer (1898-1978), que par le canal d’une autre revue mythique (et belge) : Empreintes. Beaucoup de noms connus dans ce choix très partiel, preuve de la rigueur du poète-éditeur. » Paul Van Melle (Inédit Nouveau n°207, La Hulpe, Belgique, novembre 2006).
« Les HSE n°21. Un habituel riche choix de textes de fond des éditions Chambelland pour une virée dans le passé, dominante années 60, 70, suivi d’un dossier consacré à l’éditeur pour se rappeler qu’il fut également un excellent poète : ... les bras me poussent / jusqu’à l’illusion des autres / qui nourrit le mot poésie. » Yves Artufel (Liqueur 44 n°79, hiver 2006).
« Christophe Dauphin a orchestré ce numéro 21 des HSE, consacré à Guy Chambelland, poète de l’émotion, disparu brutalement le 13 janvier 1996. Dix ans plus tard, François Montmaneix souhaite que soit comblé « une partie du trou noir creusé autour de Guy Chambelland, le directeur de la revue Le Pont de l’Epée et l’un des plus importants éditeurs de poésie de la seconde moitié du XXe siècle. » Pour ce faire, un choix de poèmes de vingt-neuf poètes édités par Chambelland. Qu’on me permette de citer Robert Goffin, Jean Rousselot, Alain Borne, Paul Vincensini, Javotte Martin, Roger Kowalski, déjà décédés et d’attirer l’attention sur le poème inédit « La mission du poète », d’Ilarie Voronca. Suivent plus de quarante pages d’un choix de poèmes de Chambelland, qui porte mémoire et rend justice à son talent de poète, souvent laissé au second plan, derrière le travail du critique et de l’éditeur. Dix témoignages de proches viennent conclure cette évocation. » Paul Roland (Rétro-Viseur n°106, mai 2007).
« Les HSE n°21, où nous retrouvons Jean Chatard… Mais LE dossier, dans ce numéro, est consacré à l’aventure, au rêve au bout du chemin, au Katmandou des poètes qu’il a su longtemps incarner : Guy Chambelland – et Le Pont de l’Epée, bien sûr, des textes de cette figure mythique. Et puis, Les Hommes sans Epaules, les Wah se souviennent, dix ans après sa mort du « poète de l’émotion », selon le mot de Christophe Dauphin qui nous raconte encore le grand homme dans un article qu’il intitule Chambelland ou la quête du Graal dans la boue de l’être. Il y a aussi des témoignages, une dizaine : Chabert, Temple, Uniack, Farellier, Kober, Curtil, Védrines, Simon, Prevan, Breton, Montmaneix… Il y a aussi les « poètes du Pont » : une trentaine de poètes – chacun avec sa notice bio et biblio – et un de leurs poèmes tous publiés à un moment par les Editions Chambelland ou par Le Pont de l’Epée. Impossible de les citer tous ! Mais tous sont présents. Emouvant. » Alain Lacouchie (Friches, février 2007).
« Peut-être est-ce le moment de dire ici que Jean Breton, fondateur des Hommes sans Épaules, en 1953 et de Poésie 1 est décédé le 16 septembre 2006 à son domicile parisien des suites d’une longue maladie. Il aura indiscutablement, marqué ce XXe siècle en poésie tant comme animateur que comme poète. On lui doit Poésie pour vivre, le manifeste de l’homme ordinaire (1964) qu’il co-écrivit avec Serge Brindeau. Il fut un chef de file des poètes de l’émotion et, certainement, un grand poète de l’amour… Ce numéro 21 des Hommes sans Épaules est consacré à Guy Chambelland, vieux complice et ami de Jean Breton, autre grand poète de l’émotion disparu, lui, en 1996. Pour qui a connu et fréquenté Guy Chambelland, ce numéro est précieux à plus d’un titre. « Guy Chambelland et Jean Breton sans souci de théorisation, ont été les premiers à parler d’émotivisme en poésie. Je qualifierai d’émotivisme, écrit Christophe Dauphin dans son éditorial, la poésie qui nous occupe et que nous défendons. Émotiviste, c’est-à-dire vécue et ressentie vitalement. Cette poésie se soucie fort peu (voire méconnaît) des déviations pathologiques qui ont nom esthétique, littérature ou autres, et qu’un monde désensibilisé par l’usage quotidien et machinal de sentiments réduits aux fantômes de leurs propres ombres lui a imposées envers et contre les poètes. » Collaborent à ce numéro de nombreux auteurs ayant vécu dans la galaxie Chambelland, les poètes du Pont de l’Epée, de Robert Goffin à Jehan Van Langhenhoven, en passant par Rousselot, Chabert, Borne, Temple, Vincensini, Breton, Martin, Kowalski, Bachelin, Simon… parmi les 85 que Chambelland s’enorgueillit d’avoir édités. Autrement dit, un travail de mémoire important qu’il faut saluer à sa juste valeur. Christophe Dauphin et la revue Les Hommes sans Épaules nous offrent là une publication d’exception. » Jean-Pierre Védrines (Souffles n°217, février 2007).
« Christophe Dauphin nous parle d’abord, dans ce n°21 des HSE, de Guy Chambelland, poète de l’émotion, qui nous quitta brutalement en janvier 1996. Il n’a jamais eu autant « d’amis » nous dit Dauphin, que depuis qu’il est mort. Il évoque, à cette occasion, sa complicité avec Jean Breton et quelques poètes représentatifs de la revue du Pont de l’Epée, porte-voix de Guy Chambelland… La rubrique « Ainsi furent les Wah » présente les poètes du Pont. On ne peut les citer tous… Tous ceux-là, plus quelques autres, constituaient en quelque sorte, la prestigieuse « écurie » Chambelland qui n’a toujours pas la place qu’il mérite. Bel hommage de Christophe Dauphin à Chambelland, qui ne pouvait guère rêver meilleur exégète et apologue. Suit un large choix de poèmes extraits des différents recueils de Guy (1961-1996). » Jean Orizet (Poésie 1/Vagabondages n°49, mars 2007). « Important hommage est rendu, dans ce n°21 des HSE, à Guy Chambelland, disparu le 13 janvier 1996. Christophe Dauphin parle de son émotivisme en poésie, mais aussi de son talent de pamphlétaire et de polémiste ; Alain Simon de « l’homme excédé, le poète excessif » ; Paul Farellier note son « authentique pudeur qui sait tromper l’ennemi » à propos du livre Courtoisie de la fatigue ; Pierre Chabert le compare à Balzac !; Frédéric-Jacques Temple rappelle « qu’il a donné le meilleur de lui-même à la poésie en la servant et non pour s’en servir » ; Gérard Uniack dresse son portrait en « sorte de Biribi avec une élégance nonchalante » ; Jean Breton note « ce don des rythmes, des raccourcis et des images comme palpables, ces truculences du parlé, ces préciosités rares ». Christophe Dauphin rappelle aussi que Guy Chambelland a publié Ilarie Voronca dont il donne un inédit… Ce numéro est accompagné de cinquante pages de poèmes en l’honneur de Chambelland, venus des poètes du Pont. » Bernard Fournier (Aujourd’hui poème n° 15, avril 2007).
« Les poèmes les plus percutants de Guy Chambelland, large choix proposé par LES HOMMES SANS ÉPAULES n°21, mêlent la vigueur de l’amant et la douleur de l’homme : J’allais dire – Cette femme dans la rue à la gueule étonnante – ses yeux feutrant le foutre – et son cul balancé comme une horloge à couilles – j’allais tenter de dire – l’instant mâle touché du dieu ». Qui oserait encore écrire comme ça ? Question qui me permet d’enfourcher mon dada car si Chambelland est une nature (un de ses amis dit qu’au physique il ressemblait à Flaubert…), ses poèmes sont aussi la résultante d’un contexte historique : il commence à écrire en pleine poésie nationale (1945), il continue sous les pesanteurs d’un ordre moral qui explosera en 1968… Sinon ses amis à Chambelland témoignent, sans ménagements mais avec tendresse, du caractère vif du bonhomme, de l’énormité de son travail d’éditeur, de revuiste au Pont de l’Épée. Ils n’oublient pas d’indiquer que le petit monde littéraire parisien (bah ! un monde littéraire chasse l’autre) en veut toujours à Chambelland et que dans sa disgrâce il a entraîné avec lui ses auteurs. » Christian Degoutte (Verso n°131, décembre 2007).
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Lectures :
Christophe Dauphin a une longue histoire avec Ilarie Voronca, poète roumain né dans une famille juive non pratiquante, mort par suicide en 1946 à l’âge de 42 ans. Ce dernier appartient à « cette catégorie rare et précieuse » dont l’œuvre accompagne toute la vie. Christophe Dauphin, avec l’appui indéfectible de la revue LHSE et de quelques personnalités, œuvre courageusement depuis les années 90 pour faire connaître le poète alors ignoré et oublié dans son pays d’adoption comme dans son pays d’origine.
Rappelons son essai Ilarie Voronca, le poète intégral (Rafael de Surtis, 2011) et son action pour sauver sa tombe en 2010.
Christophe Dauphin lui consacre ici son éditorial et le dossier principal du numéro, lui associant les poètes du Rouergue et du Gévaudan. A l’instar de ses compatriotes et amis, Tristan Tzara et Benjamin Fondane, Voronca, alors reconnu comme « un phare du constructivisme roumain », s’installa à Paris en 1933 mais, en danger du fait de ses origines juives et de ses écrits, il rejoignit Rodez en 1943. Ce fut une période importante de sa vie, car il a fait partie du maquis le plus important de l’Aveyron.
Le numéro publie aussi des poètes du Rouergue de la génération de Voronca, dont Jean Sénac et Claude Sernet, ainsi que Antonin Artaud et Paul Eluard qui y ont été soignés, puis une série de poètes contemporains tels Marie-Claire Bancquart, Bernard Noël, Marcel Chinonis, François Laur, Monique Labidoire, Francis Combes et Bernard Fournier.
Le numéro se clôt sur un appel au soutien à l’écrivain Boulam Sansal, arrêté à Alger en novembre 2024 et « toujours emprisonné dans les geôles d’un régime corrompu ».
Marie Josée CHRISTIEN (in revue Spered Gouez n°31, 2025).
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Les Hommes sans Épaules consacrent ce numéro 59 à Ilarie Voronca & les poètes du Rouergue et du Gévaudan.
Eduard Marcus, devenu Ilarie Voronca (1903-1946), méritait ce numéro, lui qui reste encore méconnu malgré un talent et une œuvre qui continuent de fasciner. Franco-roumain, il est frappé d’oubli aussi bien en Roumanie qu’en France. Il fut l’un des piliers des avant-gardes roumaines, détruites par les dictatures successives, qui trouvèrent en partie refuge en France. Christophe Dauphin raconte cette histoire complexe, encore douloureuse, et finalement toujours largement incomprise.
Réfugié, juif et antifasciste, Voronca fut sa vie durant sujet à des traques, des exclusions ou des indifférences marquées. Il fut un grand solitaire malgré son épouse, Colomba Spirt, intellectuelle, non-conformiste, égérie des peintres et poètes de Bucarest, et un autre amour, Rovena. Les joies ne font que masquer temporairement une détresse essentielle.
Pendant l’occupation nazie, il trouve refuge à Rodez et en Aveyron où, heureusement, il rencontra de vrais compagnons de route.
Son œuvre, poésie et prose, est vaste et pleine d’intensités à la hauteur de l’errance.
Le dossier très fourni établi par Christophe Dauphin permet d’approcher certains aspects d’un être qui demeure insaisissable et d’une œuvre bouleversante, habitée par la mort.
L’attendue
Il y a des pierres ici, des arbres et des herbes
Qui veulent te connaître et attendent tes mains
Il y a le satin de la mer qui attend ton corps
Pour en épouser le rayonnement et les contours.
Ton nom qui a fleuri l’univers de la chambre
Les flûtes des saisons qui attendent tes lèvres
Toute la création espère en ta venue
Car sans toi, tout est privé d’éclat.
C’est pour toi que les oiseaux chantent
Et la nuit met sa robe de velours pour ton souffle
C’est pour toi que les fleurs assemblent leurs couleurs
Car ton regard est leur plus glorieux parfum.
Tu te meus en silence et pareille aux nuages
Ne montrant que ton ombre sur les violons de l’eau
Parmi les choses dont la mémoire dessine
Ta place nettement entre les murs éteints.
Insaisissable, si je passe entre tes voiles
N’est-ce pas pour chanter ta tristesse partout
Ce désir violent qui t’amène vivante
Les doigts parés de tous les feux du souvenir.
Ce superbe numéro des HSE permettra sans doute à certains de découvrir un poète d’exception, et rendre un peu plus dense le « fantôme ».
Rémi BOYER (in lettreducrocodile.over-blog.net, 11 avril 2025).
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2006 - À propos du numéro 22
« … C’est Christophe Dauphin, un fidèle, qui, lui ayant consacré déjà un ouvrage important, Jean Breton ou la poésie pour vivre, récidive avec un numéro spécial de la revue (HSE n°22), qu’il intitule Jean Breton ou le soleil à hauteur d’homme. Ce poète, également animateur, valait comme tant d’autres ce genre d’efforts. Dauphin d’ailleurs est coutumier du fait et a rendu ce service à Marc Patin, Sarane Alexandrian et Jacques Simonomis. Je souhaite à tous les modestes de tels amis, pour que vivent les poètes disparus dans la mémoire des générations suivantes. Mais il faut avouer que c’est infiniment rare et que s’il existe des fidèles, ils ne sont pas toujours des essayistes. Les pauvres poètes souffrent… » Paul Van Melle (Inédit Nouveau n°213, juin/août 2007).
« Christophe Dauphin rend un bel et sérieux hommage à Jean Breton (HSE n°22), fondateur des Hommes sans Épaules et figure de la poésie française des années soixante, soixante-dix, « poète intransigeant et d’une fidélité exemplaire à ses idées »… Christophe Dauphin rappelle le cheminement du poète venant du surréalisme, écrivant des romans érotiques et de nombreuses notes critiques. » Bernard Fournier (Aujourd’hui poème n°83, septembre 2007).
« Dans le numéro 38 de Rimbaud Revue, Christophe Dauphin donnait un large texte (suivi d’un choix de poèmes) pour célébrer Jean Breton qui est mort l’an dernier. Dans les Hommes sans Épaules n°22, il développe ce même texte et propose une large anthologie de poèmes, les deux parties étant séparées par un cahier de photos. Je ne reviens pas sur l’action éditoriale de Jean Breton (voir Verso précédent) ; je ne m’attarde pas sur sa vie d’homme (Ch. Dauphin par ce biais explique bien des versants de la poésie de Jean Breton), je reprends juste quelques critiques de l’époque citées par Ch. Dauphin… pour retenir ce qui est le plus intéressant (à mes yeux) dans ce n° des Hommes sans Épaules : l’anthologie. Les poèmes de Jean Breton sont à la fois rugueux (fortement prosaïques), énergiques et amples, débordants d’images, de sève, remuants de chair vivante et chargés de colère, d’indignation… Ce sont les poèmes d’un homme qui prend son époque, sa vie à bras le corps ; parmi tous ces poètes qui visent l’intemporel, l’indicible, le vrai poète et autres divins saucissons, c’est une qualité qui me plait.» Christian Degoutte (Verso n°130, septembre 2007).
« Une revue peut revêtir toute sorte d’apparence. Une des formes extrêmes de ses avatars possibles, c’est quand elle touche aux confins du livre. C’est le cas avec ce numéro 22 des Hommes sans Épaules, qui est consacré entièrement à Jean Breton, disparu il y a peu. La moitié du numéro est composée par le rédacteur en chef, Christophe Dauphin, d’études de son œuvre. Celles-ci sont ponctuées de morceaux d’entretien et suivent la chronologie des recueils, sans négliger l’apport biographique. La seconde offre une anthologie de ses proses et poèmes. Entre les deux, un cahier iconographique permet de mieux suivre et connaître le personnage… Lire Jean Breton donne envie d’écrire, tant son écriture rafraîchit et enthousiasme. En tous les cas, cette livraison fait le point exact sur cette personnalité à la fois humaine et solaire. » Jacques Morin (« La Revue du mois », site internet de la revue Décharge, 14 juin 2007).
« La revue Les Hommes sans Épaules a consacré un numéro spécial (HSE n°22), illustré, à Jean Breton. Ce poète-critique-animateur-éditeur en fut le fondateur, en 1953, ainsi que de la célèbre revue de renommée internationale Poésie 1… Christophe Dauphin nous livre là une étude très vivante sur Jean Breton. Elle constitue la première moitié de l’ouvrage, la seconde étant consacrée à un choix de vers et de proses du « Poète de l’amour », dont l’œuvre est constellée de pépites. » Francesca Y. Caroutch (Traversées n° 48, automne 2007).
« Les HSE n°22 : Jean Breton ou le soleil à hauteur d’homme. Retour sur un demi siècle de poésie à travers la vie d’un homme qui en fut une sorte « d’homme-orchestre » et qui également poète nous rappelle un peu cruellement mais certainement justement qu’on ne peut pas faire de petits cadeaux de temps à l’écriture. Il faut lui consacrer sa vie. » Yves Artufel (Liqueur 44 n° 77/76, hiver 2007).
« Ce n°22 des HSE, Jean Breton ou le soleil à hauteur d’homme, est un véritable essai consacré par Christophe Dauphin à l’homme orchestre de la poésie contemporaine, décédé à 76 ans, après une vie bouillonnante et passionnante qui s’est confondue avec la défense de la poésie… Un cahier de photos, une anthologie de 65 pages et une bibliographie complètent cet ensemble exhaustif. » Marie-Josée Christien (Spered Gouez n°14, février 2008).
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2013 – À propos du numéro 35
Les Hommes sans Epaules, volume 35 : grandiose !
La troisième série des Hommes sans Epaules, revue aujourd’hui emmenée par Christophe Dauphin, avec la complicité d’Alain Breton, Elodia Turki, Paul Farellier, César Birène et Karel Hadek, atteint son 35e numéro. Une belle aventure qui donne ici l’un de ses très beaux fruits. Les pages s’ouvrent sur un texte/hommage de forte émotion, texte consacré à Jean Sénac, poète, homme en résistance, éditeur : c’est le 40e anniversaire de la disparition de l’homme. De l’assassinat de Sénac. J’apprends par ailleurs que la biographie que Bernard Mazo devait consacrer à Sénac paraîtra bien à l’automne. C’est une excellente nouvelle. Sénac, l’homme/scandale : « Poète, animateur, militant révolutionnaire, chrétien, homosexuel et français, se proclamant ouvertement plus algérien que n’importe qui, Jean Sénac a dérangé, de son vivant, autant le pouvoir bourgeois et colonial français que l’extrême-droite, les intégristes islamistes ou la bureaucratie algérienne », écrit fort à propos Dauphin, dont l’admiration pour le poète et l’homme n’est pas un secret. Sénac est présent tout au long du numéro, par des poèmes égrainés çà et là, l’un de ces textes, le dernier écrit par le poète, fermant les pages de ce numéro des Hommes sans Epaules.
La partie « Les porteurs de feu » conduit le lecteur sur les traces de la poésie d’Antoinette Jaume et de Lorand Gaspar. Je découvre la première, je suis une fanatique quasi hystérique de l’œuvre du second. L’œuvre de Jaume parle de la vie, de la mort, des mots, de la conscience, du temps… Fondatrice et longtemps animatrice de La Sape, elle est décédée en 2009. Les HSE donnent ici à lire une trentaine de poèmes extraits des différentes parties de son atelier poétique. A découvrir. Quant à Lorand Gaspar… quelle beauté ! On trouve l’essentiel de son œuvre chez Gallimard bien sûr, en particulier dans la collection de poche Poésie mais… quel bonheur de lire / relire ces poèmes, ici donnés dans l’ordre chronologique de leur édition. Une poésie ancrée dans le sacré, soucieuse de Jérusalem ou Quram. Une poésie qui regarde le grand Tout, sereinement. Seize pages de poèmes, un bonheur et une excellente occasion de faire connaissance avec l’une des œuvres les plus fortes de la poésie contemporaine. Une découverte ou des retrouvailles au cœur d’un ton élevé en intensité…
Les HSE donnent ensuite la parole aux « Wah ». Sont conviés cette fois ci : Marie-Josée Christien, Franck Balandier, Alain Piolot, Jean-Claude Tardif et Gwen Garnier-Duguy. Ce dernier, en un superbe ensemble, use du « tu » pour s’adresser au Christ. Une lecture forte, peu banale.
Un numéro de revue dont la richesse enthousiasme en offrant aussi un dossier de près de 70 pages consacré aux poésies norvégiennes contemporaines. Ce dossier est une œuvre conjointe de César Birène, Pierre Grouix et Régis Boyer. C’est plus qu’un dossier, un véritable panorama des voix majeures de Norvège. On lira ainsi : Tarjei Vesaas (par ailleurs immense romancier, auteur entre autre de ce livre fondamental qu’est Palais de glace), Inger Hagerup, Olav H ; Hauge, Tor Jonsson, Gunvor Hofmo, Marie Takvam, Stein Mehren, Jan Erik Vold, Paal-Helge Haugen et Knut Odegard. Ici, toutes les voix sont fortes, bien que diverses. Notons que ce dossier est l’un des fruits du travail mené depuis de nombreuses années par Pierre Grouix au sein des éditions Rafael de Surtis, maison d’édition dirigée par le poète Paul Sanda qui a publié anthologies et recueils de poètes norvégiens traduits par Grouix. Impossible de citer tous les poètes mais voilà un monde à explorer. Encore plus vaste, en termes de Nord, puisque plus loin dans la revue, Pierre Grouix donne aussi à lire des textes de Bo Carpelan, poète finlandais d’expression suédoise dont il traduit les œuvres complètes depuis plusieurs années. Le lire vous convaincra de l’immensité de l’œuvre poétique de Carpelan, lequel nous a quittés en février 2011 (environ 1500 pages de poésie).
Les Hommes sans Epaules ne se contentent pas de « si peu », on lira aussi : un bel essai de Paul Farellier sur le recueil récent de Pierrick de Chermont (voir à ce propos : http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/pierrick-de-chermont-portes-de-lanonymat/gwen-garnier-duguy ), des poèmes de notre ami Tomica Basjic, présentés par Karel Hadek, d’autres de Yann Sénécal, des pages libres présentant des textes des animateurs / poètes de la revue, et enfin un ensemble de chroniques et de notes de lectures. Les HSE ont par ailleurs la gentillesse d’évoquer l’existence de Recours au Poème. C’est de bon goût. Une revue à lire. "
Sophie d'Alençon (Recours au poème, mai 2013).
" La revue de Christophe Dauphin sort deux fois par an, elle est épaisse et c’est chaque fois une mine d’informations, de découvertes, de rappels et d’approfondissements pour les amoureux de la poésie. Ainsi, je ne compte pas être exhaustif. L’éditorial est consacré à Jean Sénac, assassiné il y a tout juste quarante ans. Un type épatant, l’empêcheur de tourner en rond par excellence. Du côté des Algériens dans la lutte pour leur indépendance, c’est le genre de position qui n’était pas facile à tenir. Homme de conviction qui utilisait la poésie comme une arme, il multipliait les défis. Parallèle est fait avec Pasolini, assassiné tout comme lui… Ensuite après un fort dossier « poètes norvégiens contemporains », (rien que des poètes différents de ceux qu’avait choisis Anne-Marie Soulier dans notre n° 154), je pioche rapido quelques noms de poètes, entre autres : Marie-Josée Christien et Jean-Claude Tardif, un hommage à Hubert Haddad : « La lune est une falaise que la mer ne saurait atteindre. / D’autres la bornent. » Le poète croate Tomica Bajsić par Karel Hadek : « parfois il me semble vivre un temps emprunté… », Yann Sénécal par Eric Sénécal, lequel dans sa troisième chronique « La nappe s’abîme » titille quelques « institutions » comme Le Printemps des poètes, la Maison de la Poésie de Paris, le CNL, Cheyne, une certaine virulence un peu polémique, assez salutaire au demeurant… Enfin, on apprend que Christophe Dauphin devient membre de l’Académie Mallarmé. Une livraison pleine à craquer de 286 pages que je n’ai fait que survoler, Plein d’autres choses à découvrir soi-même. J’aime de cette revue la diversité et le rayonnement. "
Jacques Morin (Rubrique "En vrac" in Déchargelarevue.com, le 8 mars 2013).
"La revue Les Hommes sans Epaules que Christophe Dauphin anime dans un grand esprit d'ouverture est à chaque livraison un véritable livre, souvent érudit, toujours surprenant."
Roland Nadaus (in Le Petit Quentin n°283, mars 2013).
"Avec Diérèse, Les Hommes sans Épaules est l’une des revues les plus copieuses et les plus régulières du réseau des publications poétiques. A chaque nouvelle livraison, c’est une mine presque inépuisable de dossiers et d’informations, de suites de poèmes et d’approches critiques. Christophe Dauphin qui est à la barre de cette revue depuis déjà de longues années a su donner une ligne orientée parfois vers une poésie surréalisante sans délaisser toutefois d’autres secteurs vivaces de la poésie actuelle. Les poètes contemporains y sont bien représentés avec, par exemple dans ce numéro, Jean-Claude Tardif, Lorand Gaspar ou Marie-Josée Christien. Ensuite, un sérieux dossier bien documenté est consacré à dix poètes norvégiens contemporains présentés par Régis Boyer, l’un des traducteurs. On peut lire aussi dans ce numéro une solide présentation du poète finlandais Bo Carpelan ainsi que d’abondantes et variées notes de lectures. Avec 286 pages à leur disposition, les lecteurs sont assurés de trouver là de quoi apaiser leur soif de lectures poétiques. "
Georges Cathalo ("Lecture flash" in Texture, 25 mai 2013).
"C'est vrai que je suis injuste, mais j'assume. ce que j'appelle les grandes revues, ce n'est jamais une belle, en couleurs, à dos carré, avec uniquement des grands noms. Mais des découvertes et des études critiques de qualité en plus de bons textes. C'est le cas des Hommes sans Epaules 35, où une fois encore, si j'y retrouve Marie-Josée Christien, Jean-Claude Tardif, Claude de Burine, Hubert Haddad ou Jean Sénac, je découvre des noms nouveaux pour moi et surtout un dossier sur les poètes norvégiens d'aujourd'hui, avec les chroniques et des hommages à Janine Magnan et l'inouï Jean Giraud Moebius, bédéiste étonnant."
Paul Van Melle (Inédit Nouveau n°262, La Hulpe, Belgique, mai 2013).
"Ce numéro 35 des HSE s’ouvre sur un hommage nécessaire de Christophe Dauphin à Jean Sénac, assassiné en 1973, que beaucoup, soucieux de ne pas penser, se sont empressés d’oublier. « On enterra son œuvre et ses idées presque aussi vite que son corps. Jean Sénac était un homme parfaitement indésirable, en somme, mais pas seulement pour le pouvoir algérien. Il dérangeait beaucoup plus de monde. Il était, selon le témoignage de l’un de ses amis, un scandale permanent. Son audience auprès de la jeunesse, sa vie, sa vie sexuelle surtout, sa liberté de parole en matière politique ou culturelle, les répercussions à l’étranger de ses jugements sur l’Algérie en faisaient un personnage gênant pour beaucoup de personnes et beaucoup d’intérêts et de calculs à Alger. Il y a donc plusieurs personnes ou groupes à qui le crime pouvait profiter. » Il publia une Anthologie de la nouvelle poésie algérienne, véritable manifeste pour « une Algérie méditerranéenne, solidaire, socialiste, égalitaire, arabe, berbère et pied-noir, de graphies arabe, berbère et française ». D’une lucidité visionnaire, Jean Sénac pressentait la victoire des préjugés sur la générosité et la liberté. Il va manifester une queste double, celle d’une révolution aussi sexuelle et celle d’une sexualité libertaire et révolutionnaire. Le « corps total » est aussi un « esprit total ». « Ce corps élu, précise Christophe Dauphin, est l’un des éléments clés de la poétique de Sénac, qui identifie le corps au poème. D’une faille à l’autre, le corpoéme, saccage de sincérité, tente de susciter une physionomie et du même coup, engage la personne qui écrit à tout donner, « de l’âme à l’excrément ». Les poèmes d’amour sont maîtrisés, alliant l’élan sexuel à l’abandon total. A sa soif de liberté, de justice et d’amitié, le poète ajoute son besoin insatiable de l’autre : Car la révolution et l’amour ont renouvelé notre chair. Au « corpoème » succédera le « spoerme » : il écrit d’un jet ma joie carnassière la – première syllabe de mon refus. » Enfin, Christophe Dauphin évoque sa proximité de queste et de destin avec Pier Paolo Pasolini : « La poésie les unit, l’amour, la liberté, le feu du langage et du désir les animent. Pasolini et Sénac se rangent tous les deux du côté du peuple… ».
Dans un sommaire riche et touffu, le dossier, coordonné par César Birène, est consacré aux poètes norvégiens contemporains avec des textes de Régis Boyer, Ole Karlsen, Eva Sauvegrain, Pierre Grouix, Poèmes de Tarjei Vesaas, Inger Hagerup, Olav H. Hauge, Tor Jonsson, Gunvor Hofmo, Marie Takvam, Stein Mehren, Jan Erik Vold, Paal-Helge Haugen, Knut Odegård… Une manière de découvrir cette poésie puissante, riche et d’une grande subtilité à travers des auteurs majeurs peu connus dans les pays francophones. Pierre Grouix nous présente également une grande figure de la poésie finlandaise, Bo Carpelan (1926-2011)."
Rémi Boyer (in incoherism.owni.fr, 26 mars 2013).
" Le n° 35 des Hommes sans Epaules est paru en février dernier. Le lecteur se souviendra de l’histoire de cette revue qui en est à sa troisième série : qu’il adhère ou non à l’émotivisme, reste que cette revue s’inscrit dans l’histoire de la poésie française depuis 1953... Mais l’essentiel n’est pas là : il est dans l’hommage rendu par Christophe Dauphin à Jean Sénac qu’on ne lit plus assez aujourd’hui, il est dans le dossier sur les poètes norvégiens, il est dans la présentation (captivante) de Bo Carpelan (poète finlandais suédophone qui est sans doute le poète scandinave le plus connu ici) due à Pierre Grouix son traducteur (qui a aussi participé aux traductions et notices des poètes du dossier norvégien…). Rien que pour ces trois ensembles, il faut lire ce numéro 35. Mais ce n’est pas tout, il y a encore tous les poèmes donnés à lire : des ensembles significatifs de poèmes d’Antoinette Jaume et de Lorand Gaspar, mais aussi d’auteurs plus jeunes comme Marie-Josée Christien, Jean-Claude Tardif, Gwen Garnier-Duguy, Claude de Burine, Hubert Haddad pour ne citer que ceux-là…. Diversité des écritures, diversité des voix, on a là une coupe, au sens géologique, dans la poésie d’expression française qui est tout à fait réjouissante. On a presque l’impression d’une anthologie atypique (il n’y a pas de thème, d’école, d’époque…), impression renforcée par le volume de cette livraison. C’est dire tout l’intérêt de cette revue semestrielle. Cependant, sur les 286 pages de ce n° des Hommes sans Epaules, on compte environ 80 pages de chroniques, hommages, notes de lecture, articles divers… qui viennent compléter cette partie anthologie pour en faire une véritable revue rendant compte, non de la vie la poésie (serait-ce possible, je ne le pense pas), mais d’une certaine conception, d’un certain courant de la poésie… Si Christophe Dauphin incarne parfaitement ce que peut être le surréalisme aujourd’hui (jusqu’à défendre bec et ongles André Breton et Sarane Alexandrian dans une note de lecture où l’argumentation précise se mêle à des jugements sans appel : Noël Arnaud est un triste sire et Jean-Pierre Lassalle évite de peu la bêtise crasse…), sa façon ouverte de diriger la revue fait de celle-ci un outil pour mieux connaître la poésie qui s’écrit maintenant et depuis un demi-siècle, qu’elle soit dans les marges du surréalisme ou non… "
Lucien Wasselin ("Chemins de lecture" in Texture, 29 juillet 2013).
"Le finlandais Bo Carpelan figure dans le n°35 de Les Hommes sans Epaules. Présenté par son traducteur, Pierre Grouix. "Richesse pauvre, profonde modestie", en dit-il. "Essayer de parler un autre langage - bâtir des chambres pour les tourmentés - lits, paravents, articulations desséchées." Bon ce n'est pas la Finlande, mais la Norvège (et ses poètes) qui est le gros dossier de ce numéro, à travers les traductions de Pierre Grouix, Eva Sauvegrain, Régis Boyer et Ole Karlsen. Traductions presque toutes au catalogue des éd. Rafael de Surtis, mais impossibles à trouver en livres. Dix poètes du XXe siècle, de Tarjei Vesaas (connu comme romancier, Les Oiseaux, Le palais de Glace) à Knut Odegard (né en 1945). Poésie très attachée à la nature, disent les traducteurs, mais que la lecture montre traversée par les mêmes inquiétudes que la nôtre. Comme exemples, j'ai retenu le poète jardinier, Olav H. Hauge: Feuillage de chêne dans le soleil d'automne - pays bleu, pays montagneux, pays de mer - qui vieillit à côté de moi; Gunvor Hofmo (enfant turbulente, mélancolique et angoissée), et (ma préférence) Marie Takvam: Toi, tu sais parler! - Il me l'a tellement dit posément - Mais je ne sais plus parler - Tous les bruits du monde - m'ont frappée sur la bouche - ont emmêlé mes mots... sacs plastiques pleins de mots... Quand une revue fait plus de 280 pages, forcément, il y a un tas d'autres trucs: un gros cahier de lectures-critiques, Jean Sénac (présenté par Christophe Dauphin) dont les poèmes ponctuent le numéro, Antoinette Jaume, Lorand Gaspar, H. Haddad, J-C. Tardif, G. Garnier-Duguy, M-J Christien, A. Piolot, T. Bajsic, Y. Sénécal... et la chronique d'Eric Sénécal, qui remue tout un tas de buzz du Landerneau poétique dont je ne sais rien. Quand je lis ça, je me sens tout norvégien, je me fais l'éffet d'être un Olav H. Hauge dans un jardin ou une Gunvor Hofmo recluse dans sa chambre pendant plus de vingt ans.
Christian Degoutte (in revue Verso n°154, septembre 2013).
« Qui se souvient de Jean Sénac ? », s’interroge Max Leroy… Même si c’est un peu tard, on découvre et redécouvre Jean Sénac. Encore davantage en ce quarantième anniversaire de sa mort, plutôt de son assassinat (un 30 août 1973)… Fait divers parmi tant d’autres ou assassinat à motivation idéologique ? La justice a tranché. Mais on sait qu’aux frontières de l’évidence, la vérité peut être ailleurs…
Pour ce quarantième anniversaire de la disparition de Sénac sont attendus, notamment : « Jean Sénac, poète et martyr » du regretté Bernard Mazo – décédé juste après avoir mis la dernière main à son ouvrage. C’est un essai qui est préfacé par Hamid-Nacer Khodja, le spécialiste de Jean Sénac dont la thèse d’Etat sur Jean Sénac doit paraître bientôt sous forme de livre. Il faut ajouter une réédition de « Pour une terre possible » (poèmes et autres inédits, Marsa, 1999) en format poche aux éditions Point. Des articles nombreux et divers parsèment la Toile ou les revues entre les deux rives de la Méditerranée…
« Ecrivain et poète, pied-noir et indépendantiste, chrétien et révolutionnaire. Caillou dans les souliers de la France et de l’Algérie, Sénac bouscule les deux rives et les eaux troubles de la Méditerranée… », Observe Max Leroy tandis que Christophe Dauphin de la revue Les Hommes sans Epaules, écrit « Jean Sénac a dérangé, de son vivant, autant le pouvoir bourgeois et colonial français, que l’extrême-droite, les intégristes islamistes ou la bureaucratie algérienne ». Et de conclure : « On ne ressort pas indemne de la lecture de Jean Sénac ». En 1970, Jean Sénac s’était lié d’amitié avec Jean Breton et le groupe des Hommes sans épaules, reconstitué autour de la revue Poésie 1, où parut la mythique « Anthologie de la nouvelle poésie algérienne ». Et c’est encore chez Jean Breton que fut publié le dernier ouvrage de Sénac de son vivant : « Les désordres » (1972).
En effet, de grands désordres étaient intervenus dans sa vie. Il avait dédié sa vie au combat pour une Algérie nouvelle, rompant les amarres avec sa tribu d’origine, récusant son père spirituel, Albert Camus (qui dans une lettre lui reprochait d’avoir pris le parti des égorgeurs)… Dans une Algérie en pleine effervescence dans ces années 1970 marquée par des réformes- attendues et exaltées en éclaireur par Sénac- paradoxalement, le poète du « Soleil sous les armes (1957), de « Matinale de mon peuple » (1961) qui avait accompagné « l’état-major des analphabètes » vers sa libération nationale et son émancipation sociale, après avoir connu les honneurs sous Ben Bella (au point où l’on accusa d’être devenu un poète de cour), se retrouvait marginalisé, exclu, voire chassé sans explication de la radio où il donnait la pleine mesure de ce que la poésie pouvait apporter à la cité. Son altérité sexuelle lui valait une moquerie homophobe tenace qui y trouvait prétexte à minorer son œuvre… Reclus, visité seulement par de jeunes poètes, dans sa « cave-vigie » de la rue Elisée. Reclus à Alger, il était voué aux gémonies par les envieux et les sectaires de tous poils. Avant de finir sous les coups de couteau."
Abdelmadjid Kaouah (La résurrection de Jean Sénac, « Chronique des deux rives » in algérienews.infos, 28 septembre 2013).
"Même si nombre de revues (à l’instar d’Europe, mais aussi bien Les Hommes sans Epaules de Christophe Dauphin, entre autres exemples) continuent de dédier leur espace exclusivement au texte, et ce indépendamment de leurs préoccupations, la revue est sans conteste un lieu privilégié pour interpeller, « mimer les arts voisins » selon la formule de Michel Deguy."
Patrice Beray (Médiapart, 16 mars 2013).
"Fort volume de 280 pages qui offre de larges vues sur la poésie. un hommage à Jean Sénac "Le corps poème sous les armes". Des poèmes d'Antoinette Jaume: Où dénuder un peu d'amour dans - ces champs pleins de trous et de morts ? et de Lorand Gaspar: Nous sommes malades d'immense. Beaucoup de poètes qu'on ne peut pas tous citer, mais un dossier sur les poètes norvégiens contemporains, coordonné par César Birène, avec notes et traductions de Pierre Grouix. Un bon dossier de Gérard Paris sur Hubert Haddad: "un esthéte qui a posé au plus haut point le sentiment de la langue, loin des faiseurs et autres petits rois des medias" avec quelques inédits: J'ignore tout des vies qui me conjuguent. Paul Farellier fait "une visite de chantier, construction d'un poète", sur les poèmes de Pierrick de Chermont. Et tant d'autres poètes et tant d'hommages, notamment à Janine Magnan et Jean Giraud Moebius par Christophe Dauphin, le grand ordonnateur de la revue."
Bernard Fournier (in revue Poésie/première n° 157, décembre 2013".
"Ce numéro s’ouvre sur une évocation d’un poète assassiné (il y a eu 40 ans en 2013), Jean Sénac, devenu une sorte d’icône aux côtés de Pasolini ou plus récemment de Tahar Djaout, ou encore un admirateur du même Sénac sur le sol algérien, Youcef Sebti. Et s’ouvre plus précisément sur une citation de ce poète assassiné : «Poésie et résistance apparaissent comme les tranchants d’une même lame où l’homme inlassablement affute sa dignité. Parce que la poésie … est « écrite par tous, clé de contact grâce à laquelle la communauté se met en marche et s’exalte, elle est, dans les fureurs comme dans sa transparence sereine, dans ses arcanes comme dans son impudeur, ouvertement résistante. Tant que l’individu sera atteint dans sa revendication de totale liberté, la poésie veillera aux avant-postes ou brandira ses torches. Au vif de la mêlée, éperdument aux écoutes, le poète va donc vivre du souffle même de son peuple. Il traduira sa respiration, oppressée ou radieuse, l’odeur des résédas comme celle des charniers ». (Je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’il en est aujourd’hui). Un long édito de l’infatigable Christophe Dauphin situe le personnage et lui rend un vibrant hommage. Suivent 280 pages denses où je vais de découvertes en souvenirs, un dossier « poètes norvégiens contemporains », des hommages à d’autres disparus, des notes de lectures… cette revue est toujours une belle entrée en poésie."
Yves Artufel (cf. La semaine de Gros Textes n°5, 3-9 février 2014, in grostextes.over-blog.com).
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