Dans la presse

 

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2005 - À propos du numéro 20

    « Parlant de thèmes ou de dossiers, je me dois de mettre le pied sur l’accélérateur pour celui que les Hommes sans Épaules n°20 consacrent à un écrivain presque ignoré au profit de son héros et de plus uniquement considéré comme un auteur de polars, alors qu’il s’agit d’un poète à part entière, Léo Malet, dont nous parlent abondamment Karel Hadek, Christophe Dauphin et Yves Martin. Qui n’oublient pas, eux le compagnon des surréalistes, et surtout de la dissidente « Main à plume ». C’est bien vrai qu’il fut l’introducteur en France du polar américain, et plus encore le véritable « inventeur » du roman noir, direct, brutal, mais plus encore, et c’est là qu’il se distingue des « modèles », intelligent ! Mais je viens de prendre connaissance de quelques poèmes et je reste ébloui par le talent d’un de ces surréalistes que Breton ne put exclure : trop important pour cela. Et pour le mouvement surréaliste. Et quelle liberté de ton et de vocabulaire ! Je ne me fais pas à l’idée que ce grand vivant ait disparu en 1996… Il faudra que je reparle d’une autre disparue, poète elle aussi, et quelle poète : Claude de Burine… et dont deux personnes à peine, son compagnon et Christophe Dauphin, ont suivi le cercueil. Le lot des poètes ! » Paul Van Melle (Inédit Nouveau, n° 201, avril 2006).

    « On ne pourra pas tout dire de cet important numéro 20 des HSE. Il faut lire l’éditorial de Christophe Dauphin : Pas un espace sans combat, pas un atome sans cri !, vers repris d’Alain Morin. Claude de Burine (1931-2005) est évoquée dans une succincte note qui nous donne cet inédit : « Tout commence quand on ne parle plus ». Dans la série des « Porteurs de feu », Christophe Dauphin évoque la vie d’Alain Morin et Paul Farellier celle de Jean-Vincent Verdonnet. « Ainsi furent les Wah : poètes », est une chronique qui brosse un rapide portrait de quelques poètes : François Montmaneix, Paul Farellier (Il n’est plus de terre / des ciels tombent en ciels), Jacqueline Lalande (Te remettre au monde / fumer la terre avec mes larmes), Jean-Michel Bongiraud, Yannick Girouard (Qui gravera dans l’écorce des cris / la mémoire d’exilés de nulle part / réfugiés des frontières ?) et Colette Gibelin. La revue nous propose ensuite un dossier sur Léo Malet et Yves Martin, deux poètes méconnus… La surprise vient de la rencontre de ces deux poètes si différents, mais pourtant si semblables, dans un entretien de 1975, dans lequel Léo Malet tente d’expliquer que sa poésie est passée dans ses romans policiers… Paul Farellier nous emmène ensuite à connaître Jean-Paul Hameury : « une ambition chez ce poète : nous emmener aux confins (..), outre la parfaite maîtrise du tragique dans son expression poétique, de dissoudre ainsi des frontières qu’on jurerait immuables : celles de la vie et de la mort ». Et de citer : Or c’est d’être sans patrie – qu’on peut enfin habiter la terre. Enfin, dans la rubrique « La Mémoire, la poésie », Rose-Hélène Iché nous propose Robert Rius (1914-1944) à l’encre de lune, assassiné par les nazis… Changeant de registre, la revue interroge Paul Sanda sur les éditions Rafael de Surtis. »
    Bernard Fournier (Aujourd’hui poème n°71, mai 2006).

    « Les Hommes sans Épaules n°20. La revue dirigée de main de maître par notre collaborateur Christophe Dauphin (auteur par ailleurs d’un intéressant et accessible Verlaine aux éd. de Saint-Mont), sur la voie ouverte par Guy Chambelland sur son Pont de l’Epée. Chaque numéro est riche de quelque 150 pages. Les poètes ont la parole et l’on parle des poètes : Jean-Vincent Verdonnet et Alain Morin, Yves Martin (avec un surprenant entretien avec Léo Malet, Quand la poésie mène au polar) et Jean-Paul Hameury. Les éditions Rafael de Surtis, drivées par Paul Sanda, agitateur surréaliste, sont à l’honneur. Les notes de lecture creusent jusqu’à la moelle du poème. »
    Jacques Fournier (Ici è là n°5, septembre 2006).
   
    « La revue les HSE n°20, au sommaire copieux, présente un dossier conséquent sur les éditions Rafael de Surtis, comprenant un entretien avec Paul Sanda et la présentation de treize auteurs du catalogue. Paul Farellier livre une approche de Jean-Paul Hameury dont on peut lire également un choix de textes. Un autre dossier concerne l’œuvre de Léo Malet, sa vision de la rue et du merveilleux et d’Yves Martin. A lire également des poèmes de Jean-Vincent Verdonnet, François Montmaneix, Jean-Michel Bongiraud et Colette Gibelin. Christophe Dauphin rend un hommage mérité à Claude de Burine, une grande voix de la poésie contemporaine décédée en 2005. »
    Marie-Josée Christien (Spered Gouez n°13, décembre 2006)   




Lectures :

Les Hommes sans Épaules ont 70 ans et c’est exceptionnel. Rares sont les revues de poésie d’une telle longévité. Christophe Dauphin fête cet anniversaire par un éditorial-manifeste émotiviste dans lequel nous percevons un rapport non-dualiste à ce qui se présente :

« Si l’émotivisme dont nous nous réclamons, n’est pas sensiblerie, il n’est pas pour autant culte de l’émotion. La prise qu’a le moi sur les émotions n’est jamais complète et elle réclame justement un lâcher-prise par lequel les tensions puissent se résoudre. L’émotion qui est l’équation du rêve et de la réalité, parce qu’elle jaillit brutalement, comme une réaction devant l’irritation d’une blessure, met le sujet hors de soi. « Je est un autre », « Je est tous les autres » !

Il y a là davantage qu’une intuition, il y a un chemin, une quête intransigeante, par la poésie.

« L’émotivisme est une attitude devant la vie, une conception du vivre qui ne saurait être détachée de l’existence du poète, car la création est un mouvement de l’intérieur à l’extérieur et non pas de l’extérieur sur la façade. L’émotivisme est un art de vivre et de penser en poésie, car une œuvre est nulle si elle n’est qu’un divertissement et si elle ne joue pas, pour celui qui la met en question, un rôle prépondérant dans la vie. »

Le dossier de ce numéro 56 est consacré à Yusef Komunyakaa & les poètes de la guerre du Vietnam. Yusef Komunyakaa, (James William Brown Junior) naît en 1947 à Bogalusa en Louisiane. Confronté au racisme systémique du Sud des USA, il s’implique dans le mouvement de lutte pour les droits civiques. Christophe Dauphin retrace ces années de lutte qui plongent aussi dans les horreurs de la guerre du Vietnam, inscrites par les larmes et le sang dans sa poésie : « Profondément ancrée dans son temps et dans la vie sans le moindre trompe-l’œil, dit-il, la poésie de Yusef Komunyakaa puise sa force dans le vécu même, les révoltes et les racines du poète. Les images sont celles du Sud et de sa culture, de Noirs vivant dans un monde blanc, de la guerre en Asie du Sud, du quotidien, des villes, des pulsations du blues et du jazz. Le langage est aérien, les vers sont courts et visent juste comme des flèches tirées de l’arc des entrailles. »

 

La Limite (extrait)

 

Quand les fusils se font silencieux pendant une heure

ou deux, vous pouvez entendre les pleurs

des femmes faisant l’amour aux soldats.

Elles ont une mémoire sans pitié

& savent comment porter des robes claires

pour conduire une foule, conversant

avec un peloton d’ombres

engourdies par la morphine. Leurs vrais sentiments

les font briser comme avril

et ses rouges fleurissements.

 

Reddition de la jungle (extrait)

d’après la peinture de Dan Cooper

 

Les fantômes partagent avec nous le passé & le futur

mais chacun nous luttons pour retenir notre souffle.

Allant vers ce qui attend derrière les arbres,

le prisonnier s’enfonce plus loin en lui-même, à distance

de la façon dont le cœur d’un homme le divise, plus loin

dans le mystère indigo de la jungle & la beauté,

avec ses deux mains levées dans les airs, se rendant

qu’à moitié : le petit homme à l’intérieur

attend comme une photo dans une poche déchirée, refusant

de lever ses mains, silencieux & intransigeant

tandis que le chien noir éclaireur est à ses côtés.

Amour & haine

étoffent le vrai homme, comme il lutte

dans l’hallucination des bleus

& pourpres foncés qui mettent le jour en feu.

Il somnambule dans un labyrinthe de violettes,

mesurant ses pas d’un arbre à l’autre, sachant que nous sommes tous en quelque sorte connectés.

Qu’ai-je pu dire ?

Nous découvrons dans ce numéro, à la suite de Yusef Komunyakaa, de nombreux auteurs et poètes vietnamiens qui, mieux que les historiens, disent le réel de la guerre : « Liberté est un mot vietnamien ! »

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, 20 octobre 2023)

*

"Une chamionne du monde de la poésie, telle est la revue Les Hommes sans Epaules, dans laquelle Christophe Dauphin, dans son éditorial-manifeste  émotiviste du n°56, donne un texte étonnament documenté dans lequel on a envie de pénétrer pour mieux apprécier la portée de ce chemin majeur de la poésie actuelle auquel je souscris de toute ma force d'éditeur de revue, qui montre mon attachement à ce genre majeur. Tous émotivistes, un mot d'ordre et de plaisir nécessaires.

Jean-Pierre LESIEUR (in revue Comme en poésie n°96, dcembre 2023).

*

« Tout poème est politique. Même le plus innocent ou le plus bête. C’est le crédo de la revue Les Hommes sans Épaules et de son animateur Christophe Dauphin. En voilà un sacré et infatigable arpenteur. Rien ne lui est étranger de l’histoire-géo, petite ou grande, de la poésie. Dans cette revue, les poèmes ne sont pas balancés comme ça, mais toujours accompagnés d’une présentation (parfois fouillée) des auteurs. Bon ! Le cœur du n°56, c’est le Vietnam dont Christophe Dauphin « raconte » l’histoire complexe, à laquelle se mêle celle de de français et d’américains venus y vivre ou y mourir. La langue vietnamienne est « monosyllabique, mais polyphone… ce qui donne au vers une grande concision et une riche musicalité » écrit Chê Lan Viên. La révolution, les guerres coloniales menées par la France et par les USA ont beaucoup nourri les poèmes vietnamiens du 20èmesiècle : « Je suis allé tout droit – Au cimetière des avions pirates américains / Une horde de cadavres, affalés, estropiés – écrabouillés… tous ces démons américains… » : Ngô Xuân Diêu ; ou d’Hô Chi Minh, lui-même : « Sous le choc du pilon souffre le grain de riz – Mais l’épreuve passée, admirez sa blancheur – Pareils sont les humains dans le siècle où l’on vit – Pour être homme, il faut subir le pilon du malheur ». D’autres poèmes disent la vie ordinaire : « Nous tressons l’épervier – avec des fils de soie jaune serrés – nous tressons la senne – avec du lin blanc… » : Anh Tho, seule femme de ce dossier avec Madeleine Riffaud, résistante lors de la guerre 39-45, activiste de la décolonisation : « Bouteilles vertes et fronts morts – Ont mêmes gestes, même lit ». Les soldats américains ont mêmes gestes, même lit ». Les soldats américains ont eux-mêmes beaucoup écrit « leur » guerre du Vietnam. Dans ce n°56, l’Afro-Etatsunien, Yusef Komunyakaa : « Mon visage noir s’efface – se dissimulant derrière le granit noir… Je descends les 58.022 noms – attendant à moitié de trouver – le mien en lettre parmi la fumée – Je touche le nom d’Andrew Johnson – je vois le flash blanc de l’objet piégé… » Mais aussi dans ce n°, les surréalistes Gérard Legrand, Guy Cabanel (présentés par Christophe Dauphin) et des créations d’aujourd’hui : Eric Chassefière, laurent Thinès, Sadou Czapka : « Le mur est une limite – et nous sommes des animaux aveugles… » et André-Louis Aliamet : « Papillon dans l’encre incertaine – toi qui n’habites aucun corps – pas même l’eau qui vole – en portant tous les souffles… » Proses et nombreuses lectures critiques. »

Christian DEGOUTTE (in revue Verso n°196, mars 2024).




2006 - À propos du numéro 21

    « Un communiqué des HSE  nous informe de la disparition de Jean Breton qui, pour moi, est toujours resté le fondateur de la collection de poésie à 1 franc (français de 1969), que beaucoup ont abandonnée lorsqu’elle est passée à deux francs. Mais en fait il fut surtout un poète discret, auteur avec le regretté Serge Brindeau, en 1964, d’un ouvrage que je rêve de découvrir, mais épuisé depuis longtemps : Poésie pour vivre, le manifeste de l’homme ordinaire, qui paraît-il a fait de lui à l’époque « le chef de file des poètes de l’émotion ». C’est ce que rappelle le comité de rédaction de la revue littéraire qu’il fonda en 1953, Les Hommes sans Épaules (référence au grand maître de l’anticipation Rosny, encore un Belge !), qui continue aujourd’hui ses livraisons semestrielles…. La revue Les Hommes sans Épaules n°21, n’a donc plus Jean Breton, ni Guy Chambelland, disparu en 1996, et à qui un premier hommage avait été consacré en 2000 (n°7/8). Elle récidive aujourd’hui dans un imposant dossier, ce qui permet ma question. Et la réponse est oui. Bien d’autres poètes ont fondé des revues, souvent avec peu de chances de réussite, et même certains n’ont pu sortir qu’une seule ou peu de livraisons, parfois devenues célèbres. Indication de plus que les deux « métiers » peuvent (presque doivent pour d’aucuns) être vécus avec la même passion. Chambelland, lui, a réussi son entreprise avec la revue Le Pont de l’épée, mythique, et ses éditions, devenues classiques par les choix rigoureux du revuiste et poète. Christophe Dauphin introduit le dossier et le salut de nombreux poètes d’aujourd’hui, mais j’ai particulièrement apprécié la petite anthologie de la revue et des éditions reprenant un texte paru souvent il y a bien longtemps et où j’ai le plaisir de retrouver mon voisin Robert Goffin, de La Hulpe, que je n’ai pu rencontrer (1898-1978), que par le canal d’une autre revue mythique (et belge) : Empreintes. Beaucoup de noms connus dans ce choix très partiel, preuve de la rigueur du poète-éditeur. »
    Paul Van Melle (Inédit Nouveau n°207, La Hulpe, Belgique, novembre 2006).

    « Les HSE n°21. Un habituel riche choix de textes de fond des éditions Chambelland pour une virée dans le passé, dominante années 60, 70, suivi d’un dossier consacré à l’éditeur pour se rappeler qu’il fut également un excellent poète : ... les bras me poussent / jusqu’à l’illusion des autres / qui nourrit le mot poésie. »
    Yves Artufel (Liqueur 44 n°79, hiver 2006).

    « Christophe Dauphin a orchestré ce numéro 21 des HSE, consacré à Guy Chambelland, poète de l’émotion, disparu brutalement le 13 janvier 1996. Dix ans plus tard, François Montmaneix souhaite que soit comblé « une partie du trou noir creusé autour de Guy Chambelland, le directeur de la revue Le Pont de l’Epée et l’un des plus importants éditeurs de poésie de la seconde moitié du XXe siècle. » Pour ce faire, un choix de poèmes de vingt-neuf poètes édités par Chambelland. Qu’on me permette de citer Robert Goffin, Jean Rousselot, Alain Borne, Paul Vincensini, Javotte Martin, Roger Kowalski, déjà décédés et d’attirer l’attention sur le poème inédit « La mission du poète », d’Ilarie Voronca. Suivent plus de quarante pages d’un choix de poèmes de Chambelland, qui porte mémoire et rend justice à son talent de poète, souvent laissé au second plan, derrière le travail du critique et de l’éditeur. Dix témoignages de proches viennent conclure cette évocation. »
    Paul Roland (Rétro-Viseur n°106, mai 2007).

    « Les HSE n°21, où nous retrouvons Jean Chatard… Mais LE dossier, dans ce numéro, est consacré à l’aventure, au rêve au bout du chemin, au Katmandou des poètes qu’il a su longtemps incarner : Guy Chambelland – et Le Pont de l’Epée, bien sûr, des textes de cette figure mythique. Et puis, Les Hommes sans Epaules, les Wah se souviennent, dix ans après sa mort du « poète de l’émotion », selon le mot de Christophe Dauphin qui nous raconte encore le grand homme dans un article qu’il intitule Chambelland ou la quête du Graal dans la boue de l’être. Il y a aussi des témoignages, une dizaine : Chabert, Temple, Uniack, Farellier, Kober, Curtil, Védrines, Simon, Prevan, Breton, Montmaneix… Il y a aussi les « poètes du Pont » : une trentaine de poètes – chacun avec sa notice bio et biblio – et un de leurs poèmes tous publiés à un moment par les Editions Chambelland ou par Le Pont de l’Epée. Impossible de les citer tous ! Mais tous sont présents. Emouvant. »
    Alain Lacouchie (Friches, février 2007).


    « Peut-être est-ce le moment de dire ici que Jean Breton, fondateur des Hommes sans Épaules, en 1953 et de Poésie 1 est décédé le 16 septembre 2006 à son domicile parisien des suites d’une longue maladie. Il aura indiscutablement, marqué ce XXe siècle en poésie tant comme animateur que comme poète. On lui doit Poésie pour vivre, le manifeste de l’homme ordinaire (1964) qu’il co-écrivit avec Serge Brindeau. Il fut un chef de file des poètes de l’émotion et, certainement, un grand poète de l’amour… Ce numéro 21 des Hommes sans Épaules est consacré à Guy Chambelland, vieux complice et ami de Jean Breton, autre grand poète de l’émotion disparu, lui, en 1996. Pour qui a connu et fréquenté Guy Chambelland, ce numéro est précieux à plus d’un titre. « Guy Chambelland et Jean Breton sans souci de théorisation, ont été les premiers à parler d’émotivisme en poésie. Je qualifierai d’émotivisme, écrit Christophe Dauphin dans son éditorial, la poésie qui nous occupe et que nous défendons. Émotiviste, c’est-à-dire vécue et ressentie vitalement. Cette poésie se soucie fort peu (voire méconnaît) des déviations pathologiques qui ont nom esthétique, littérature ou autres, et qu’un monde désensibilisé par l’usage quotidien et machinal de sentiments réduits aux fantômes de leurs propres ombres lui a imposées envers et contre les poètes. » Collaborent à ce numéro de nombreux auteurs ayant vécu dans la galaxie Chambelland, les poètes du Pont de l’Epée, de Robert Goffin à Jehan Van Langhenhoven, en passant par Rousselot, Chabert, Borne, Temple, Vincensini, Breton, Martin, Kowalski, Bachelin, Simon… parmi les 85 que Chambelland s’enorgueillit d’avoir édités. Autrement dit, un travail de mémoire important qu’il faut saluer à sa juste valeur. Christophe Dauphin et la revue Les Hommes sans Épaules nous offrent là une publication d’exception. »
    Jean-Pierre Védrines (Souffles n°217, février 2007).

    « Christophe Dauphin nous parle d’abord, dans ce n°21 des HSE, de Guy Chambelland, poète de l’émotion, qui nous quitta brutalement en janvier 1996. Il n’a jamais eu autant « d’amis » nous dit Dauphin, que depuis qu’il est mort. Il évoque, à cette occasion, sa complicité avec Jean Breton et quelques poètes représentatifs de la revue du Pont de l’Epée, porte-voix de Guy Chambelland…  La rubrique « Ainsi furent les Wah » présente les poètes du Pont. On ne peut les citer tous… Tous ceux-là, plus quelques autres, constituaient en quelque sorte, la prestigieuse « écurie » Chambelland qui n’a toujours pas la place qu’il mérite. Bel hommage de Christophe Dauphin à Chambelland, qui ne pouvait guère rêver meilleur exégète et apologue. Suit un large choix de poèmes extraits des différents recueils de Guy (1961-1996). »
    Jean Orizet (Poésie 1/Vagabondages n°49, mars 2007).
   
    « Important hommage est rendu, dans ce n°21 des HSE, à Guy Chambelland, disparu le 13 janvier 1996. Christophe Dauphin parle de son émotivisme en poésie, mais aussi de son talent de pamphlétaire et de polémiste ; Alain Simon de « l’homme excédé, le poète excessif » ; Paul Farellier note son « authentique pudeur qui sait tromper l’ennemi » à propos du livre Courtoisie de la fatigue ; Pierre Chabert le compare à Balzac !; Frédéric-Jacques Temple rappelle « qu’il a donné le meilleur de lui-même à la poésie en la servant et non pour s’en servir » ; Gérard Uniack dresse son portrait en « sorte de Biribi avec une élégance nonchalante » ; Jean Breton note « ce don des rythmes, des raccourcis et des images comme palpables, ces truculences du parlé, ces préciosités rares ». Christophe Dauphin rappelle aussi que Guy Chambelland a publié Ilarie Voronca dont il donne un inédit… Ce numéro est accompagné de cinquante pages de poèmes en l’honneur de Chambelland, venus des poètes du Pont. »
    Bernard Fournier (Aujourd’hui poème n° 15, avril 2007).

    « Les poèmes les plus percutants de Guy Chambelland, large choix proposé par LES HOMMES SANS ÉPAULES n°21, mêlent la vigueur de l’amant et la douleur de l’homme : J’allais dire – Cette femme dans la rue à la gueule étonnante – ses yeux feutrant le foutre – et son cul balancé comme une horloge à couilles – j’allais tenter de dire – l’instant mâle touché du dieu ». Qui oserait encore écrire comme ça ? Question qui me permet d’enfourcher mon dada car si Chambelland est une nature (un de ses amis dit qu’au physique il ressemblait à Flaubert…), ses poèmes sont aussi la résultante d’un contexte historique : il commence à écrire en pleine poésie nationale (1945), il continue sous les pesanteurs d’un ordre moral qui explosera en 1968… Sinon ses amis à Chambelland témoignent, sans ménagements mais avec tendresse, du caractère vif du bonhomme, de l’énormité de son travail d’éditeur, de revuiste au Pont de l’Épée. Ils n’oublient pas d’indiquer que le petit monde littéraire parisien (bah ! un monde littéraire chasse l’autre) en veut toujours à Chambelland et que dans sa disgrâce il a entraîné avec lui ses auteurs. »
    Christian Degoutte (Verso n°131, décembre 2007).




2013 – À propos du numéro 35

Les Hommes sans Epaules, volume 35 : grandiose !

La troisième série des Hommes sans Epaules, revue aujourd’hui emmenée par Christophe Dauphin, avec la complicité d’Alain Breton, Elodia Turki, Paul Farellier, César Birène et Karel Hadek, atteint son 35e numéro. Une belle aventure qui donne ici l’un de ses très beaux fruits. Les pages s’ouvrent sur un texte/hommage de forte émotion, texte consacré à Jean Sénac, poète, homme en résistance, éditeur : c’est le 40e anniversaire de la disparition de l’homme. De l’assassinat de Sénac. J’apprends par ailleurs que la biographie que Bernard Mazo devait consacrer à Sénac paraîtra bien à l’automne. C’est une excellente nouvelle. Sénac, l’homme/scandale : « Poète, animateur, militant révolutionnaire, chrétien, homosexuel et français, se proclamant ouvertement plus algérien que n’importe qui, Jean Sénac a dérangé, de son vivant, autant le pouvoir bourgeois et colonial français que l’extrême-droite, les intégristes islamistes ou la bureaucratie algérienne », écrit fort à propos Dauphin, dont l’admiration pour le poète et l’homme n’est pas un secret. Sénac est présent tout au long du numéro, par des poèmes égrainés çà et là, l’un de ces textes, le dernier écrit par le poète, fermant les pages de ce numéro des Hommes sans Epaules.

La partie « Les porteurs de feu » conduit le lecteur sur les traces de la poésie d’Antoinette Jaume et de Lorand Gaspar. Je découvre la première, je suis une fanatique quasi hystérique de l’œuvre du second. L’œuvre de Jaume parle de la vie, de la mort, des mots, de la conscience, du temps… Fondatrice et longtemps animatrice de La Sape, elle est décédée en 2009. Les HSE donnent ici à lire une trentaine de poèmes extraits des différentes parties de son atelier poétique. A découvrir. Quant à Lorand Gaspar… quelle beauté ! On trouve l’essentiel de son œuvre chez Gallimard bien sûr, en particulier dans la collection de poche Poésie mais… quel bonheur de lire / relire ces poèmes, ici donnés dans l’ordre chronologique de leur édition. Une poésie ancrée dans le sacré, soucieuse de Jérusalem ou Quram.  Une poésie qui regarde le grand Tout, sereinement. Seize pages de poèmes, un bonheur et une excellente occasion de faire connaissance avec l’une des œuvres les plus fortes de la poésie contemporaine. Une découverte ou des retrouvailles au cœur d’un ton élevé en intensité…

Les HSE donnent ensuite la parole aux « Wah ». Sont conviés cette fois ci : Marie-Josée Christien, Franck Balandier, Alain Piolot, Jean-Claude Tardif et Gwen Garnier-Duguy. Ce dernier, en un superbe ensemble, use du « tu » pour s’adresser au Christ. Une lecture forte, peu banale.   

Un numéro de revue dont la richesse enthousiasme en offrant aussi un dossier de près de 70 pages consacré aux poésies norvégiennes contemporaines. Ce dossier est une œuvre conjointe de César Birène, Pierre Grouix et Régis Boyer. C’est plus qu’un dossier, un véritable panorama des voix majeures de Norvège. On lira ainsi : Tarjei Vesaas (par ailleurs immense romancier, auteur entre autre de ce livre fondamental qu’est Palais de glace), Inger Hagerup, Olav H ; Hauge, Tor Jonsson, Gunvor Hofmo, Marie Takvam, Stein Mehren, Jan Erik Vold, Paal-Helge Haugen et Knut Odegard. Ici, toutes les voix sont fortes, bien que diverses. Notons que ce dossier est l’un des fruits du travail mené depuis de nombreuses années par Pierre Grouix au sein des éditions Rafael de Surtis, maison d’édition dirigée par le poète Paul Sanda qui a publié anthologies et recueils de poètes norvégiens traduits par Grouix. Impossible de citer tous les poètes mais voilà un monde à explorer. Encore plus vaste, en termes de Nord, puisque plus loin dans la revue, Pierre Grouix donne aussi à lire des textes de Bo Carpelan, poète finlandais d’expression suédoise dont il traduit les œuvres complètes depuis plusieurs années. Le lire vous convaincra de l’immensité de l’œuvre poétique de Carpelan, lequel nous a quittés en février 2011 (environ 1500 pages de poésie).

Les Hommes sans Epaules ne se contentent pas de « si peu », on lira aussi : un bel essai de Paul Farellier sur le recueil récent de Pierrick de Chermont (voir à ce propos : http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/pierrick-de-chermont-portes-de-lanonymat/gwen-garnier-duguy ), des poèmes de notre ami Tomica Basjic, présentés par Karel Hadek, d’autres de Yann Sénécal, des pages libres présentant des textes des animateurs / poètes de la revue, et enfin un ensemble de chroniques et de notes de lectures. Les HSE ont par ailleurs la gentillesse d’évoquer l’existence de Recours au Poème. C’est de bon goût. Une revue à lire. "

Sophie d'Alençon (Recours au poème, mai 2013).

 

" La revue de Christophe Dauphin sort deux fois par an, elle est épaisse et c’est chaque fois une mine d’informations, de découvertes, de rappels et d’approfondissements pour les amoureux de la poésie. Ainsi, je ne compte pas être exhaustif. L’éditorial est consacré à Jean Sénac, assassiné il y a tout juste quarante ans. Un type épatant, l’empêcheur de tourner en rond par excellence. Du côté des Algériens dans la lutte pour leur indépendance, c’est le genre de position qui n’était pas facile à tenir. Homme de conviction qui utilisait la poésie comme une arme, il multipliait les défis. Parallèle est fait avec Pasolini, assassiné tout comme lui… Ensuite après un fort dossier « poètes norvégiens contemporains », (rien que des poètes différents de ceux qu’avait choisis Anne-Marie Soulier dans notre n° 154), je pioche rapido quelques noms de poètes, entre autres : Marie-Josée Christien et Jean-Claude Tardif, un hommage à Hubert Haddad : « La lune est une falaise que la mer ne saurait atteindre. / D’autres la bornent. » Le poète croate Tomica Bajsić par Karel Hadek : « parfois il me semble vivre un temps emprunté… », Yann Sénécal par Eric Sénécal, lequel dans sa troisième chronique « La nappe s’abîme » titille quelques « institutions » comme Le Printemps des poètes, la Maison de la Poésie de Paris, le CNL, Cheyne, une certaine virulence un peu polémique, assez salutaire au demeurant… Enfin, on apprend que Christophe Dauphin devient membre de l’Académie Mallarmé. Une livraison pleine à craquer de 286 pages que je n’ai fait que survoler, Plein d’autres choses à découvrir soi-même. J’aime de cette revue la diversité et le rayonnement. "

Jacques Morin (Rubrique "En vrac" in Déchargelarevue.com, le 8 mars 2013).

 

"La revue Les Hommes sans Epaules que Christophe Dauphin anime dans un grand esprit d'ouverture est à chaque livraison un véritable livre, souvent érudit, toujours surprenant."

Roland Nadaus (in Le Petit Quentin n°283, mars 2013).

 

"Avec Diérèse, Les Hommes sans Épaules est l’une des revues les plus copieuses et les plus régulières du réseau des publications poétiques. A chaque nouvelle livraison, c’est une mine presque inépuisable de dossiers et d’informations, de suites de poèmes et d’approches critiques. Christophe Dauphin qui est à la barre de cette revue depuis déjà de longues années a su donner une ligne orientée parfois vers une poésie surréalisante sans délaisser toutefois d’autres secteurs vivaces de la poésie actuelle. Les poètes contemporains y sont bien représentés avec, par exemple dans ce numéro, Jean-Claude Tardif, Lorand Gaspar ou Marie-Josée Christien. Ensuite, un sérieux dossier bien documenté est consacré à dix poètes norvégiens contemporains présentés par Régis Boyer, l’un des traducteurs. On peut lire aussi dans ce numéro une solide présentation du poète finlandais Bo Carpelan ainsi que d’abondantes et variées notes de lectures. Avec 286 pages à leur disposition, les lecteurs sont assurés de trouver là de quoi apaiser leur soif de lectures poétiques. "

Georges Cathalo ("Lecture flash" in Texture, 25 mai 2013).

 

"C'est vrai que je suis injuste, mais j'assume. ce que j'appelle les grandes revues, ce n'est jamais une belle, en couleurs, à dos carré, avec uniquement des grands noms. Mais des découvertes et des études critiques de qualité en plus de bons textes. C'est le cas des Hommes sans Epaules 35, où une fois encore, si j'y retrouve Marie-Josée Christien, Jean-Claude Tardif, Claude de Burine, Hubert Haddad ou Jean Sénac, je découvre des noms nouveaux pour moi et surtout un dossier sur les poètes norvégiens d'aujourd'hui, avec les chroniques et des hommages à Janine Magnan et l'inouï Jean Giraud Moebius, bédéiste étonnant."

Paul Van Melle (Inédit Nouveau n°262, La Hulpe, Belgique, mai 2013).


"Ce numéro 35 des HSE s’ouvre sur un hommage nécessaire de Christophe Dauphin à Jean Sénac, assassiné en 1973, que beaucoup, soucieux de ne pas penser, se sont empressés d’oublier. « On enterra son œuvre et ses idées presque aussi vite que son corps. Jean Sénac était un homme parfaitement indésirable, en somme, mais pas seulement pour le pouvoir algérien. Il dérangeait beaucoup plus de monde. Il était, selon le témoignage de l’un de ses amis, un scandale permanent. Son audience auprès de la jeunesse, sa vie, sa vie sexuelle surtout, sa liberté de parole en matière politique ou culturelle, les répercussions à l’étranger de ses jugements sur l’Algérie en faisaient un personnage gênant pour beaucoup de personnes et beaucoup d’intérêts et de calculs à Alger. Il y a donc plusieurs personnes ou groupes à qui le crime pouvait profiter. » Il publia une Anthologie de la nouvelle poésie algérienne, véritable manifeste pour « une Algérie méditerranéenne, solidaire, socialiste, égalitaire, arabe, berbère et pied-noir, de graphies arabe, berbère et française ». D’une lucidité visionnaire, Jean Sénac pressentait la victoire des préjugés sur la générosité et la liberté. Il va manifester une queste double, celle d’une révolution aussi sexuelle et celle d’une sexualité libertaire et révolutionnaire. Le « corps total » est aussi un « esprit total ». « Ce corps élu, précise Christophe Dauphin, est l’un des éléments clés de la poétique  de Sénac, qui identifie le corps au poème. D’une faille à l’autre, le corpoéme, saccage de sincérité, tente de susciter une physionomie et du même coup, engage la personne qui écrit à tout donner, « de l’âme à l’excrément ». Les poèmes d’amour sont maîtrisés, alliant l’élan sexuel à l’abandon total. A sa soif de liberté, de justice et d’amitié, le poète ajoute son besoin insatiable de l’autre : Car la révolution et l’amour ont renouvelé notre chair. Au « corpoème » succédera le « spoerme » : il écrit d’un jet ma joie carnassière la – première syllabe de mon refus. » Enfin, Christophe Dauphin évoque sa proximité de queste et de destin avec Pier Paolo Pasolini : « La poésie les unit, l’amour, la liberté, le feu du langage et du désir les animent. Pasolini et Sénac se rangent tous les deux du côté du peuple… ».    

Dans un sommaire riche et touffu, le dossier, coordonné par César Birène, est consacré aux poètes norvégiens contemporains avec des textes de Régis Boyer, Ole Karlsen, Eva Sauvegrain, Pierre Grouix, Poèmes de Tarjei Vesaas, Inger Hagerup, Olav H. Hauge, Tor Jonsson, Gunvor Hofmo, Marie Takvam, Stein Mehren, Jan Erik Vold, Paal-Helge Haugen, Knut Odegård… Une manière de découvrir cette poésie puissante, riche et d’une grande subtilité à travers des auteurs majeurs peu connus dans les pays francophones. Pierre Grouix nous présente également une grande figure de la poésie finlandaise, Bo Carpelan (1926-2011)."

Rémi Boyer (in incoherism.owni.fr, 26 mars 2013).

 

" Le n° 35 des Hommes sans Epaules est paru en février dernier. Le lecteur se souviendra de l’histoire de cette revue qui en est à sa troisième série : qu’il adhère ou non à l’émotivisme, reste que cette revue s’inscrit dans l’histoire de la poésie française depuis 1953... Mais l’essentiel n’est pas là : il est dans l’hommage rendu par Christophe Dauphin à Jean Sénac qu’on ne lit plus assez aujourd’hui, il est dans le dossier sur les poètes norvégiens, il est dans la présentation (captivante) de Bo Carpelan (poète finlandais suédophone qui est sans doute le poète scandinave le plus connu ici) due à Pierre Grouix son traducteur (qui a aussi participé aux traductions et notices des poètes du dossier norvégien…). Rien que pour ces trois ensembles, il faut lire ce numéro 35. Mais ce n’est pas tout, il y a encore tous les poèmes donnés à lire : des ensembles significatifs de poèmes d’Antoinette Jaume et de Lorand Gaspar, mais aussi d’auteurs plus jeunes comme Marie-Josée Christien, Jean-Claude Tardif, Gwen Garnier-Duguy, Claude de Burine, Hubert Haddad pour ne citer que ceux-là…. Diversité des écritures, diversité des voix, on a là une coupe, au sens géologique, dans la poésie d’expression française qui est tout à fait réjouissante. On a presque l’impression d’une anthologie atypique (il n’y a pas de thème, d’école, d’époque…), impression renforcée par le volume de cette livraison. C’est dire tout l’intérêt de cette revue semestrielle. Cependant, sur les 286 pages de ce n° des Hommes sans Epaules, on compte environ 80 pages de chroniques, hommages, notes de lecture, articles divers… qui viennent compléter cette partie anthologie pour en faire une véritable revue rendant compte, non de la vie la poésie (serait-ce possible, je ne le pense pas), mais d’une certaine conception, d’un certain courant de la poésie… Si Christophe Dauphin incarne parfaitement ce que peut être le surréalisme aujourd’hui (jusqu’à défendre bec et ongles André Breton et Sarane Alexandrian dans une note de lecture où l’argumentation précise se mêle à des jugements sans appel : Noël Arnaud est un triste sire et Jean-Pierre Lassalle évite de peu la bêtise crasse…), sa façon ouverte de diriger la revue fait de celle-ci un outil pour mieux connaître la poésie qui s’écrit maintenant et depuis un demi-siècle, qu’elle soit dans les marges du surréalisme ou non… "

Lucien Wasselin ("Chemins de lecture" in Texture, 29 juillet 2013).

 

"Le finlandais Bo Carpelan figure dans le n°35 de Les Hommes sans Epaules. Présenté par son traducteur, Pierre Grouix. "Richesse pauvre, profonde modestie", en dit-il. "Essayer de parler un autre langage - bâtir des chambres pour les tourmentés - lits, paravents, articulations desséchées." Bon ce n'est pas la Finlande, mais la Norvège (et ses poètes) qui est le gros dossier de ce numéro, à travers les traductions de Pierre Grouix, Eva Sauvegrain, Régis Boyer et Ole Karlsen. Traductions presque toutes au catalogue des éd. Rafael de Surtis, mais impossibles à trouver en livres. Dix poètes du XXe siècle, de Tarjei Vesaas (connu comme romancier, Les Oiseaux, Le palais de Glace) à Knut Odegard (né en 1945). Poésie très attachée à la nature, disent les traducteurs, mais que la lecture montre traversée par les mêmes inquiétudes que la nôtre. Comme exemples, j'ai retenu le poète jardinier, Olav H. Hauge: Feuillage de chêne dans le soleil d'automne - pays bleu, pays montagneux, pays de mer - qui vieillit à côté de moi; Gunvor Hofmo (enfant turbulente, mélancolique et angoissée), et (ma préférence) Marie Takvam: Toi, tu sais parler! - Il me l'a tellement dit posément - Mais je ne sais plus parler - Tous les bruits du monde - m'ont frappée sur la bouche - ont emmêlé mes mots... sacs plastiques pleins de mots... Quand une revue fait plus de 280 pages, forcément, il y a un tas d'autres trucs: un gros cahier de lectures-critiques, Jean Sénac (présenté par Christophe Dauphin) dont les poèmes ponctuent le numéro, Antoinette Jaume, Lorand Gaspar, H. Haddad, J-C. Tardif, G. Garnier-Duguy, M-J Christien, A. Piolot, T. Bajsic, Y. Sénécal... et la chronique d'Eric Sénécal, qui remue tout un tas de buzz du Landerneau poétique dont je ne sais rien. Quand je lis ça, je me sens tout norvégien, je me fais l'éffet d'être un Olav H. Hauge dans un jardin ou une Gunvor Hofmo recluse dans sa chambre pendant plus de vingt ans.

Christian Degoutte (in revue Verso n°154, septembre 2013).

 

« Qui se souvient de Jean Sénac ? », s’interroge Max Leroy… Même si c’est un peu tard, on découvre et redécouvre Jean Sénac. Encore davantage en ce quarantième anniversaire de sa mort, plutôt de son assassinat (un 30 août 1973)… Fait divers parmi tant d’autres ou assassinat à motivation idéologique ? La justice a tranché. Mais on sait qu’aux frontières de l’évidence, la vérité peut  être ailleurs…

Pour ce quarantième anniversaire de la disparition de Sénac sont attendus, notamment : « Jean Sénac, poète et martyr » du regretté Bernard Mazo – décédé juste après avoir mis la dernière main à son ouvrage. C’est un essai qui est préfacé par Hamid-Nacer Khodja, le spécialiste de Jean Sénac dont la thèse d’Etat sur  Jean Sénac doit  paraître bientôt sous forme de  livre. Il faut ajouter une réédition  de « Pour une terre possible » (poèmes et autres inédits, Marsa, 1999) en format poche aux éditions Point. Des articles nombreux et divers  parsèment la Toile ou les revues entre les deux rives de la Méditerranée…

« Ecrivain et poète, pied-noir et indépendantiste, chrétien et révolutionnaire. Caillou dans les souliers de la France et de l’Algérie, Sénac bouscule les deux rives et les eaux troubles de la Méditerranée… », Observe Max Leroy tandis que Christophe Dauphin de la revue Les Hommes sans Epaules, écrit « Jean Sénac a dérangé, de son vivant, autant le pouvoir bourgeois et colonial français, que l’extrême-droite, les intégristes islamistes ou la bureaucratie algérienne ». Et de conclure : « On ne ressort pas indemne de la lecture de Jean Sénac ». En 1970, Jean Sénac s’était lié d’amitié avec Jean Breton et le groupe des Hommes sans épaules, reconstitué autour de la revue Poésie 1, où parut la mythique « Anthologie de la nouvelle poésie algérienne ». Et c’est encore chez  Jean Breton que fut publié le dernier ouvrage de Sénac de son vivant : « Les désordres » (1972).

En effet, de grands désordres étaient intervenus dans sa vie.  Il avait dédié sa vie au combat pour une Algérie nouvelle, rompant les amarres avec sa tribu d’origine, récusant son père spirituel, Albert Camus (qui dans une lettre lui reprochait d’avoir pris le parti des égorgeurs)… Dans une Algérie en pleine effervescence dans ces années 1970  marquée par des réformes-  attendues et exaltées en éclaireur par Sénac- paradoxalement, le poète du « Soleil sous les armes (1957), de « Matinale de mon peuple » (1961)   qui avait accompagné  « l’état-major des analphabètes » vers sa libération nationale et son  émancipation sociale, après avoir connu les honneurs sous Ben Bella (au point où l’on accusa d’être devenu un poète de cour), se retrouvait marginalisé, exclu, voire chassé sans explication de la radio où il donnait la pleine mesure de ce que la poésie pouvait apporter à la cité. Son altérité sexuelle lui valait une moquerie homophobe tenace qui y trouvait prétexte à minorer son œuvre… Reclus, visité seulement par de jeunes poètes, dans sa « cave-vigie » de la rue Elisée. Reclus à Alger, il était   voué aux gémonies par les envieux et les sectaires de tous poils. Avant de finir sous les coups de couteau."

Abdelmadjid Kaouah (La résurrection de Jean Sénac, « Chronique des deux rives » in algérienews.infos, 28 septembre 2013).

 

"Même si nombre de revues (à l’instar d’Europe, mais aussi bien Les Hommes sans Epaules de Christophe Dauphin, entre autres exemples) continuent de dédier leur espace exclusivement au texte, et ce indépendamment de leurs préoccupations, la revue est sans conteste un lieu privilégié pour interpeller, « mimer les arts voisins » selon la formule de Michel Deguy."

Patrice Beray (Médiapart, 16 mars 2013).

"Fort volume de 280 pages qui offre de larges vues sur la poésie. un hommage à Jean Sénac "Le corps poème sous les armes". Des poèmes d'Antoinette Jaume: Où dénuder un peu d'amour dans - ces champs pleins de trous et de morts ? et de Lorand Gaspar: Nous sommes malades d'immense. Beaucoup de poètes qu'on ne peut pas tous citer, mais un dossier sur les poètes norvégiens contemporains, coordonné par César Birène, avec notes et traductions de Pierre Grouix. Un bon dossier de Gérard Paris sur Hubert Haddad: "un esthéte qui a posé au plus haut point le sentiment de la langue, loin des faiseurs et autres petits rois des medias" avec quelques inédits: J'ignore tout des vies qui me conjuguent. Paul Farellier fait "une visite de chantier, construction d'un poète", sur les poèmes de Pierrick de Chermont. Et tant d'autres poètes et tant d'hommages, notamment à Janine Magnan et Jean Giraud Moebius par Christophe Dauphin, le grand ordonnateur de la revue."

Bernard Fournier (in revue Poésie/première n° 157, décembre 2013".

"Ce numéro s’ouvre sur une évocation d’un poète assassiné (il y a eu 40 ans en 2013), Jean Sénac, devenu une sorte d’icône aux côtés de Pasolini ou plus récemment de Tahar Djaout, ou encore un admirateur du même Sénac sur le sol algérien, Youcef Sebti. Et s’ouvre plus précisément sur une citation de ce poète assassiné : «Poésie et résistance apparaissent comme les tranchants d’une même lame où l’homme inlassablement affute sa dignité. Parce que la poésie … est « écrite par tous, clé de contact grâce à laquelle la communauté se met en marche et s’exalte, elle est, dans les fureurs comme dans sa transparence sereine, dans ses arcanes comme dans son impudeur, ouvertement résistante. Tant que l’individu sera atteint dans sa revendication de totale liberté, la poésie veillera aux avant-postes ou brandira ses torches. Au vif de la mêlée, éperdument aux écoutes, le poète va donc vivre du souffle même de son peuple. Il traduira sa respiration, oppressée ou radieuse, l’odeur des résédas comme celle des charniers ». (Je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’il en est aujourd’hui). Un long édito de l’infatigable Christophe Dauphin situe le personnage et lui rend un vibrant hommage. Suivent 280 pages denses où je vais de découvertes en souvenirs, un dossier « poètes norvégiens contemporains », des hommages à d’autres disparus, des notes de lectures… cette revue est toujours une belle entrée en poésie."

Yves Artufel (cf. La semaine de Gros Textes n°5, 3-9 février 2014, in grostextes.over-blog.com).

 




2006 - À propos du numéro 22

    « … C’est Christophe Dauphin, un fidèle, qui, lui ayant consacré déjà un ouvrage important, Jean Breton ou la poésie pour vivre, récidive avec un numéro spécial de la revue (HSE n°22), qu’il intitule Jean Breton ou le soleil à hauteur d’homme. Ce poète, également animateur, valait comme tant d’autres ce genre d’efforts. Dauphin d’ailleurs est coutumier du fait et a rendu ce service à Marc Patin, Sarane Alexandrian et Jacques Simonomis. Je souhaite à tous les modestes de tels amis, pour que vivent les poètes disparus dans la mémoire des générations suivantes. Mais il faut avouer que c’est infiniment rare et que s’il existe des fidèles, ils ne sont pas toujours des essayistes. Les pauvres poètes souffrent… »
    Paul Van Melle (Inédit Nouveau n°213, juin/août 2007).

    « Christophe Dauphin rend un bel et sérieux hommage à Jean Breton (HSE n°22), fondateur des Hommes sans Épaules et figure de la poésie française des années soixante, soixante-dix, « poète intransigeant et d’une fidélité exemplaire à ses idées »… Christophe Dauphin rappelle le cheminement du poète venant du surréalisme, écrivant des romans érotiques et de nombreuses notes critiques. »
    Bernard Fournier (Aujourd’hui poème n°83, septembre 2007).

    « Dans le numéro 38 de Rimbaud Revue, Christophe Dauphin donnait un large texte (suivi d’un choix de poèmes) pour célébrer Jean Breton qui est mort l’an dernier. Dans les Hommes sans Épaules n°22, il développe ce même texte et propose une large anthologie de poèmes, les deux parties étant séparées par un cahier de photos. Je ne reviens pas sur l’action éditoriale de Jean Breton (voir Verso précédent) ; je ne m’attarde pas sur sa vie d’homme (Ch. Dauphin par ce biais explique bien des versants de la poésie de Jean Breton), je reprends juste quelques critiques de l’époque citées par Ch. Dauphin… pour retenir ce qui est le plus intéressant (à mes yeux) dans ce n° des Hommes sans Épaules : l’anthologie. Les poèmes de Jean Breton sont à la fois rugueux (fortement prosaïques), énergiques et amples, débordants d’images, de sève, remuants de chair vivante et chargés de colère, d’indignation… Ce sont les poèmes d’un homme qui prend son époque, sa vie à bras le corps ; parmi tous ces poètes qui visent l’intemporel, l’indicible, le vrai poète et autres divins saucissons, c’est une qualité qui me plait.»
    Christian Degoutte (Verso n°130, septembre 2007).

« Une revue peut revêtir toute sorte d’apparence. Une des formes extrêmes de ses avatars possibles, c’est quand elle touche aux confins du livre. C’est le cas avec ce numéro 22 des Hommes sans Épaules, qui est consacré entièrement à Jean Breton, disparu il y a peu. La moitié du numéro est composée par le rédacteur en chef, Christophe Dauphin, d’études de son œuvre. Celles-ci sont ponctuées de morceaux d’entretien et suivent la chronologie des recueils, sans négliger l’apport biographique. La seconde offre une anthologie de ses proses et poèmes. Entre les deux, un cahier iconographique permet de mieux suivre et connaître le personnage… Lire Jean Breton donne envie d’écrire, tant son écriture rafraîchit et enthousiasme. En tous les cas, cette livraison fait le point exact sur cette personnalité à la fois humaine et solaire. »
    Jacques Morin (« La Revue du mois », site internet de la revue Décharge, 14 juin 2007).

    « La revue Les Hommes sans Épaules a consacré un numéro spécial (HSE n°22), illustré, à Jean Breton. Ce poète-critique-animateur-éditeur en fut le fondateur, en 1953, ainsi que de la célèbre revue de renommée internationale Poésie 1… Christophe Dauphin nous livre là une étude très vivante sur Jean Breton. Elle constitue la première moitié de l’ouvrage, la seconde étant consacrée à un choix de vers et de proses du « Poète de l’amour », dont l’œuvre est constellée de pépites. »
    Francesca Y. Caroutch     (Traversées n° 48, automne 2007).

    « Les HSE n°22 : Jean Breton ou le soleil à hauteur d’homme. Retour sur un demi siècle  de poésie à travers la vie d’un homme qui en fut une sorte « d’homme-orchestre » et qui également poète nous rappelle un peu cruellement mais certainement justement qu’on ne peut pas faire de petits cadeaux de temps à l’écriture. Il faut lui consacrer sa vie. »    
    Yves Artufel (Liqueur 44 n° 77/76, hiver 2007).

    « Ce n°22 des HSE, Jean Breton ou le soleil à hauteur d’homme, est un véritable essai consacré par Christophe Dauphin à l’homme orchestre de la poésie contemporaine, décédé à 76 ans, après une vie bouillonnante et passionnante qui s’est confondue avec la défense de la poésie… Un cahier de photos, une anthologie de 65 pages et une bibliographie complètent cet ensemble exhaustif. »
Marie-Josée Christien (Spered Gouez n°14, février 2008).




Lectures critiques :

Les Hommes sans Épaules, numéro 57 : Poètes bretons pour une baie tellurique : « C’est un très vaste paysage de la poésie bretonne que nous dresse ce numéro de la revue Les HSE : 33 poètes auxquels on peut ajouter sans erreur des poètes présentés dans les rubriques « Porteurs de feu » ou « Ainsi étaient les Wah » inséparables de ce coin de terre, comme Perros, Delabarre et Kenneth White, ou encore Guy Allix, Emmanuel Baugue (quoiqu’un peu Normand), ou André Prodhomme (quoique d’un peu partout). Pour chacun, nous avons droit à une présentation du poète et de son œuvre, marque de fabrique inégalée de cette revue.

Rappelons à cette occasion qu’il n’existe pas d’autres revues (en ligne ou pas) ayant une connaissance aussi intime, si j’ose, d’un si grand nombre de poètes, en particulier ceux nés entre les années 1920 et 1950. Par exemple dans ce numéro, les présentations de Guillevic, Manoll, Robin, Grall, Glemnor, Cadou – pour ne citer qu’eux – méritent d’être lues pour elles-mêmes. Cela rappelé, penchons-nous sur le dossier « Poètes bretons pour une baie tellurique ». Il y a une évidente volonté d’équilibre entre poètes connus, méconnus ou inconnus tout comme entre des poètes du début, du milieu ou de la deuxième moitié du XXe siècle. Évidemment, on lui reprochera — moi le premier ! —  tel ou tel auteur absent (pourquoi ne pas avoir retenu Gilles Baudry ? Charles Le Quintrec, qui pourtant publia son Village allumé chez Saint Germain des Prés ?) Mais je concède que le paysage est déjà considérable et qu’il est bon qu’il y ait quelques « injustices » pour ranimer la levée de bocks ou de ballons pris en commun.

Que ressort-il du paysage dressé ? On retrouve une très bonne illustration des grands courants poétiques bretons du siècle écoulé avec la mise en avant des très singulières années 70 et 80, qu’on peut résumer au conflit qui opposa la génération de Jack-Helliaz à celle de Grall, le premier avec son cheval d’orgueil et le second avec son cheval couché. On retient également cette tresse, que je crois propre à la Bretagne, qui rassemble une poésie ancrée, privilégiant plutôt une forme de dépouillement, une poésie « bardique », volontiers vindicative et pamphlétaire (voire guerrière), et qui aime à être mis en musique, et une poésie druidique attirée par le merveilleux et l’alchimique qui plonge volontiers dans la veine surréaliste (ce qu’affectionne particulièrement notre revue). L’élément qui réunit ces trois courants, hormis la Bretagne elle-même, c’est la place incontournable du minéral (le granit, le mica, etc.), pour ne pas dire le tellurique comme le pointe si justement le titre du dossier.

M’a frappé également, à la lecture du dossier, la relative étanchéité qui règne entre la poésie de l’Argoat et celle de l’Armor. Il semble bien qu’en Bretagne deux univers poétiques distincts se côtoient sans se confondre, ainsi que les paysages et les modes de vie. Enfin, et bien sûr ajouterai-je, le dossier permet de mesurer la solide et féconde richesse du terrain éditorial breton grâce au dévouement de quelques maisons d’éditions (pas forcément bretonnes), d’associations culturelles et artistiques très actives (comment ne pas citer « les rencontres de Max ») et de quelques figures tutélaires qui ont su jouer un rôle de découvreur ou de rassembleur (Grall, Guillevic, Brémont, Christien et Geneste aujourd’hui). Pour conclure, et picoter d’iode l’ami Christophe Dauphin, après avoir lu son passionnant édito, je me suis demandé si ce n’était pas un article pro domo pour la poésie… normande. »

Pierrick de CHERMONT (in recoursaupoeme.fr, 6 novembre 2024).

 

*

 

« Il est généralement éclairant de découvrir notre paysage poétique breton par le regard d’un observateur avisé. Il est également rassurant de constater que nos poètes continuent de susciter intérêt et curiosité, malgré la quasi-disparition des revues en Bretagne. C’est en voisin normand et poète de l’Ouest que Christophe Dauphin aborde les « poètes en Bretagne » dans un copieux numéro de la revue qu’il aime depuis 1997, Les Hommes sans Épaules.

34 poètes sont présentés de façon développée, accompagné d’un choix de textes conséquent. Pierre-Jakez Hélias, Anjela Duval, Glenmor et Xavier Grall y côtoient Gérard Le Gouic et Guénane. En dépit de leur diversité, Christophe Dauphin leur reconnait des points communs qui traversent les générations : la connivence avec les paysages tourmentés de la péninsule armoricaine, un riche imaginaire ouvert sur le monde, « un goût frondeur pour l’indépendance ».

Christophe Dauphin rappelle à bon escient l’attraction régulière de « la matière Bretagne » pour bon nombre de poètes qui n’en sont pas originaires, dont Saint-Pol-Roux, Georges Perros, Kenneth White, Samuel Bréjar et plus récemment Henri Droguet, Gérard Cléry, Colette Wittorski, Joseph Ponthus, Guy Allix, André Prodhomme et Emmanuel Baugue. La Bretagne fut aussi pour Paul Celan, de 1954 à 1961, une terre d’accueil qui lui inspira une série de poèmes dont des extraits sont reproduits dans ce dossier.

Christophe Dauphin met en lumière bon nombre de poètes qui ne figurent habituellement pas dans les ouvrages de références sur la Bretagne : Louis Guillaume, Armand Robin, Norbert Lelubre, Odile Caradec, Jacques Bertin, Danielle Collobert, Alain Morin, Alain Simon, Mérédith Le Dez et Gwen Garnier-Duguy. Il mentionne aussi plusieurs poètes bretons qui furent proches du mouvement surréaliste : Jacques Vaché, Angèle Vannier, Yves Eléouet, Hervé Delabarre. »

Marie-Josée CHRISTIEN (in revue Spered Gouez n°30, 2024).

 

*

La revue Les Hommes sans Épaules consacre son numéro 57 aux « Poètes en Bretagne » et rend hommage à Frédéric Tison, récemment disparu.

L’identité bretonne, préservée malgré les aléas, a permis aussi une poésie bretonne née tant de la géographie que du peuple. Plutôt que de particularismes, Christophe Dauphin, avec Glenmor, préfère parler de caractéristiques des poètes de l’Ouest : « Les habitants de ces contrées semblent avoir toujours été la proie de tentations contradictoires : l’une les presse de confier leur destin à la mer, de lâcher tout pour courir la chance de découvrir d’autres cieux, d’autres terres ; l’autre leur dépeint vivement la douceur du foyer, dans la maison tapie au bout du chemin creux, les avantages d’une existence passée dans la sécurité, que garantissent les traditions et le retour périodique des saisons. De ces contradictions, les meilleurs de ceux dont elles marquèrent le caractère ont toujours su tirer une source d’énergie. »

Louis Bertholom, de Fouesnant, précise : « Je ne sais pas si la Bretagne est une terre de poésie plus qu’ailleurs. Il existe tout de même une sensibilité spécifique des gens de Bretagne qui confère une âme à cette région, proche d’une certaine forme de mélancolie dans le sens artistique du terme. Nous avons tout un légendaire arthurien, une Brocéliande dans nos gènes qui nous poursuit malgré tout. Puis le Barzaz Breiz, les gweerzioù et autre patrimoine chanté, transmis de générations en générations qui alimentent insidieusement notre façon d’être au monde. La poésie celtique est spécifique à son territoire, avec ses connotations celtiques même s’il y a des exceptions. »

C’est la poésie elle-même qui dit le plus sur la Bretagne, ses langues et son peuple. C’est pourquoi ce numéro 57, qui rassemble un grand nombre de poètes, porte une part de l’âme bretonne au lecteur.

Rémi BOYER (in /lettreducrocodile.over-blog.net, 24 mai 2024)

 

Extrait de « Bretagne est univers » de Saint-Pol-Roux :

 

« Il ne lui suffit point de distribuer l’oracle

Et d’accroître le globe au jeu de ses timons,

Elle insère l’esprit de son propre miracle

A même la matière des bois et des monts.

Voici le coffre aux joies, le clocher, le calvaire

Et l’auguste fontaine au lipide présent.

Après, l’enchantement créé par le trouvère

Et le prince des mers, celui de l’artisan. »

 

 

Extrait de "L’enfant du druide "de Angèle Vannier :

L’enfant du druide ouvrit les vannes du silence

Un chant se répandit longtemps

L’eau le sang le feu

Les trois dans la forêt

Pour bâtir un palais d’automne

 

Un grand secret faisait la roue sur le parvis

D’un clair-obscur jaillit la fleur miraculeuse

Le double de la pierre philosophale.

L’enfant faisait la chasse à la folie

Il délivrait des plages de cristal

Sous un vieux chêne inconsolable.

 

 

La clé de la clé disait mon compagnon

Cet enfant la chantait »

*

« Le thème de ce numéro c’est « Poètes en Bretagne » (notez bien EN et pas DE Bretagne). C’est que pour moi ce numéro est sans surprise : j’ai déjà lu (et pas oublié, tous sont de qualité, ont leur originalité) Georges Perros, Hervé Delabarre, Paul Celan, Kenneth White, Henri Droguet, Max Jacob, Guillevic, Manoll, Armand Robin, Cadou (René Guy et Hélène), Jégou, Le Gouic, Marie-Josée Christien, Emmanuelle Le Cam, etc.

Comme dans chaque numéro de la revue Les Hommes sans Épaules, son animateur, Christophe Dauphin est infatigable : chaque auteur est abondamment présenté (bio, biblio, position historique, etc.). Il analyse brillamment les effets et les méfaits de la Celtitude, ne manque pas de pointer les crispations identitaires, le nationalisme étroit : « Il serait plus juste d’inviter les Auvergnats au festival interceltique. La Bretagne n’était pas le centre ancien du monde celtique ». Des citations quand même des moins connus : Jean-Claude Tardif : « Mes yeux accrochent leurs linges – à l’étendoir du ciel – le crépuscule ravaude ses draps » ; Jean-Paul Hameury : «  Quand l’emprunte les sentiers – de l’île, mon ombre me quitte – et s’en va sur les chemins d’autrefois » ; Angèle Vannier : « Je suis née de la mer et ne le savais plus – Trop de pavots avaient maculé mes pieds nus » ; Yves Elleouët : «  d’accord avec le vent – ils vont en nombre par les routes – travailleurs hagards et malmenés … - je me rassemble autour de mes os » ; et bien sûr Joseph Ponthus : « De quoi rêvent-ils – ceux qui sont aux cuirs – C’est ainsi qu’on appelle ceux qui arrachent les - peaux des bêtes juste après qu’elles aient été tuées ». Proses et nombreuses lectures critiques.

Christian Degoutte (in revue Verso, 2024).

*

Ce numéro 57 de la revue Les Hommes sans Épaules, est dédié à Frédéric Tison, poète décédé en novembre 23. Il était lui-aussi un Homme sans Épaules et ce n’est pas peu dire Je me meus dans la marge des livres : c’est moi, le petit visage d’encre qui regarde ailleurs. Un très bel hommage lui est consacré en fin de volume dans la rubrique Les pages des HSE.

Dans son éditorial (qui s’apparente plus à une étude fouillée), Christophe Dauphin nous fait dans l’Éloge de l’Ouest ! le portrait de la Bretagne avec ses forces géopoétiques, historiques et politiques À l’Ouest, les poèmes agissent comme des brûlures, un mouvement incessant les parcourt de bout en bout écrit-il. Le lanceur de flammes est le poète Tristan Corbière j’entendis sa souffrance arpenter le ventre du navire écrit à son propos Jacques Simonomis, suivent Benjamin Péret et André Breton. L’éditorial s’achève sur une présentation de l’artiste Gérard Gwezenneg et de ses secrétions de différentes techniques nées du gravage (ramasser ce que dépose la mer).

Le dossier Les porteurs de feu est consacré à Georges Perros (Linda Lê et Karel Hadek) Il y a un proverbe breton/ Qui dit que la poésie est plus forte / Que les trois choses les plus fortes/ Le mal, le feu et la tempête et Hervé Delabarre (CD)et puis cette voix venue d’ailleurs/qui m’interpelle/je ne suis pas celle que tu crois. Les biographies, très détaillées, et bibliographies, sont suivies de poèmes.  Christophe Dauphin nous avait prévenu dans son éditorial : le constat qui s’impose depuis Corbière, c’est que la Bretagne compte plus de poètes que de mégalithes dans ses rues, ses forêts, ses cimetières.

Ainsi, on se s’étonnera pas de l’extrême richesse de cette anthologie. Le dossier Ainsi furent les WAH 1 accueille huit poètes dont Paul Celan, Colette Wittorski chacun fuit/Les rires se taisent/Le lac se vide ou Jacques Bertin. Chaque biographie est suivie d’une bibliographie et d’un choix de poèmes. Le dossier Poètes bretons pour une baie tellurique accueille pas moins de 32 poètes avec entre autres Saint-Pol-Roux, Max Jacob, Jacques Vaché, Anjela Duval… Louis Guillaume ce déraisonnable sage nous dit CD,  Longtemps la bouteille voyage/qui la trouve ne sait plus lire, Michel Manoll (il dira de René-Guy Cadou Nous nous embrassions par nos noms), Cadou… Armand Robin Éclaboussant mon instant d’herbes en d’autres vies// Les moutons et les bœufs sous leurs pieds roux et mous/me piétinent sourdement, lourdement, me délivrent/ De ces risibles coquelicots que sont mes livres…Guillevic, Pierre-Jakez Hélias, Alain Jégou…

À ce dossier succède les WAH 2, 11 poètes sont donnés à lire dont Charles Akopian…Marie Murski…Paul Sanda, on retrouvera non sans émotion Joseph Pontus.  

Ce cahier littéraire ancré en Bretagne révèle la richesse poétique de cette région. C’est un pan du monde qui est donné à découvrir, l’histoire d’un territoire se fait vibrante, vivante. La pluralité des voix est le signe d’un entêtement lumineux et salutaire : les poètes résistent.  L’Ouest chante et avec lui la poésie.

Il faut remercier Christophe Dauphin pour ce travail rigoureux et abouti, d’une extrême qualité littéraire. Signe d’ouverture aux autres, Les Hommes sans Épaules est une revue indispensable.  

Marie-Christine MASSET (in revue Phoenix n°43, 2025).

 




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