Grégory RATEAU

Grégory RATEAU



Né le 29 septembre 1984, à Drancy, Grégory Rateau a grandi à Clichy-sous-Bois, où il a eu la chance de découvrir très jeune la littérature, le jazz et le cinématographe. A la fin de l’adolescence, il se fait la belle : marchant, rêvant, réalisant des court-métrages (sélectionnés dans une quinzaine de festivals internationaux), animant des ciné-clubs dans le quartier latin, enseignant l’analyse d’images au Lycée St Sulpice, et bossant parfois dans des fermes (Liban, Irlande, Népal…). Grégory Rateau débute en 2007 comme réalisateur et scénariste. Il obtient un Master 2 Pro en cinéma à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne où il réalise un documentaire produit par Le musée du Louvre et les Films d’ici : " Je viens du cinéma (scénario, réalisation, ciné-club), j’ai écrit un roman ayant pour cadre le Liban chez Maurice Nadeau, j’ai beaucoup voyagé et ramené dans mon paquetage un récit sur la Roumanie, je continue à travers les différents arts à chercher cet absolu, à interroger l’humain. D’un format à l’autre, d’un texte à l’autre, d’un pays à l’autre, je cherche comment donner du sens à mes désirs, à mes souffrances, du sens à mes errances. Passée l’imposture de me projeter dans de grands modèles, je fais avec le magma sensible à ma disposition, je plonge en moi-même pour mieux percevoir les choses autour. Ainsi j’observe les autres différemment, je m’observe parfois avec plus ou moins d’acuité, je me souviens aussi de la patrie de l’enfance que je peux idéaliser ou bien noircir en fonction de mes humeurs, je me plonge dans certaines toiles de maîtres qui continuent à me hanter, dans les lettres de Van Gogh à son frère Théo pour questionner la fraternité que je ne pouvais connaître étant un fils unique, dans des films qui ont marqué mon parcours affectif et même dans des personnages de roman (Derniers jours à Budapest et le Feu follet). Toute cette manière fait partie de moi. Jean-Louis Kuffer qui m’a fait l’honneur de sa critique-préface parle « de brocanteur errant », je ne connais pas de meilleure définition me concernant. Je chine et je chemine avec la poésie. J’entends bien garder cette fougue indépendamment de l’âge et de continuer cette quête que je sais pourtant perdue d’avance." 

Grégory Rateau vit aujourd'hui en Roumanie où il dirige Le Petit Journal de Bucarest: " Je ne suis pas vraiment journaliste, au sens professionnel du mot, je n’ai pas été formé pour mais je dirige un média, c’est vrai, le seul en Roumanie en français destiné à valoriser un pays méconnu et mal-aimé, l’explorer tout en gardant mon autonomie et ma liberté... J’ai choisi la Roumanie pour me perdre, vivre loin de toute tentation et pouvoir ainsi me concentrer sur l’écriture. Il y a l’aspect financier c’est certain mais pas seulement, en choisissant une forme d’exil volontaire, je retrouve les premières perceptions, celles de l’enfance, je me réconcilie avec mes racines. J’ai beaucoup exploré le côté sauvage du pays mais très vite je suis revenu vers la ville et son côté chaotique. Dans ma « cellule » je peux préserver mon indépendance, loin de Paris que je trouve magnifique mais qui avait tendance à m’écraser. Le poids de son passé fait toujours naître en moi une trop grande nostalgie, j’avais besoin de tourner le dos à cette mythologie pour tenter de me créer la mienne."

Auteur d’un récit de voyage sur la Roumanie en « Hors-piste » qui est devenu un succès de librairie dans sa version roumaine, il a enchaîné avec un premier roman chez Maurice Nadeau, Noir de soleil (finaliste du Prix France-Liban et du Prix Ulysse du premier roman 2019). Il a également commis plusieurs livres de poèmes, dont Imprécations nocturnes chez Conspiration éditions (Prix Amélie Murat et Prix Renée Vivien 2023, finaliste du Prix Robert Ganzo la même année). Sa poésie circule un peu partout et dans plusieurs langues, il revient parfois en France pour lire sur scène (Voix vives de Sète de Méditerranée en Méditerranée, Sémaphore, Baie des plumes, la Maison de la poésie de Paris et de Montpellier…). Ce poète révolté par l’écriture et seulement par elle recherche encore la fraternité là où il peut la trouver: "La poésie ne cherche en aucun à apaiser, mais elle sert plutôt de révélateur. Elle témoigne de la souffrance existentielle qui nous conditionne tous et écrire en soi peut déjà être une souffrance, une plongée dans ses abysses, car on ne sait jamais ce que l’on va y trouver, quel portrait va se dessiner en surimpression... La figure du poète maudit est peut-être dépassée mais je pense qu’elle est nécessaire à un moment où le secteur de la poésie est essentiellement constitué d’un entre-soi, « de fonctionnaires de l’art » pour reprendre Rimbaud. Certains veulent faire profession de poète alors que la poésie est une manière de se construire dans la marge. Être le grand paria, ce n’est pas une posture, du moins pas en ce qui me concerne. La figure du poète a été un peu trop ridiculisée, elle ne porte plus, trop lisse, trop consensuelle, les révoltés sont là pour nous rappeler le chemin de croix de celui qui veut créer envers et contre tous. La révolte possible passe par l’écriture..."

Poète, Grégory Rateau se double aussi d'un remarquable interviewer. Il est en effet l'auteur de nombreux entretiens avec des poètes actuel (in lepetitjournal.com, souffleinedit.com, zone-critique.com, recoursaupoeme.fr, arebours-revue.fr, ou poesibao.fr), avec Ana Blandiana, Linda Maria Baros, Jacques Viallebesset, Sylvestre Clancier, Karen Cayrat, Jean-Pierre Siméon, Bruno Geneste, Jean Azarel, Murielle Compère-Demarcy, Jean-Yves Reuzeau, Sophie Loizeau, Paul Farellier, Gérard Bocholier, Christian Viguié, Christophe Dauphin ou Pia Petersen, et bien d'autres.

Fin critique littéraire (in lepetitjournal.com, en-attendant-nadeau.f, causeur.fr, mauvaisenouvelle.fr, arebours-revue.fr...), et sans trompe l'oeil. Son constat, sur la scène littéraire et poétique de notre époque, est le suivant : En France, trop de poètes s’autocensure où se mettent une muselière, sauf lorsqu’il s’agit d’aboyer avec la meute du moment, en prenant soin de ne pas se trouver entre le marteau et l’enclume, comme l’ont toujours été, par exemple, les surréalistes : en l’occurrence, sur le plan politique, entre le marteau d’une gauche lorgnant vers le stalinisme, et l’enclume d’une droite lorgnant vers le fascisme. De nombreux poètes ont peur pour leur réputation, et d’être qualifiés de ceci ou de cela : la peur de l’ukase, lancé à partir d’un réseau social. Alors, ils se taisent, s’autocensurent, ou pire, aboient avec la meute dans le sens du vent. Aujourd’hui, écrit encore Grégory Rateau (lire Quand la haine avait du style : duels littéraires, in mauvaisenouvelles.fr, 2026) : « On ne choisit plus ses ennemis. On les fabrique. On les agrège. On les dilue dans la masse. La meute remplace le duel. On signe à cinquante, à cent. On annule sans écrire. On rature des noms comme on corrige une faute. Discrètement. Proprement. Lâchement. Le monde des lettres a pris les réflexes de l’industrie du spectacle : posture morale, indignation rentable, alignement prudent. Tout le monde du bon côté - donc personne nulle part. La haine, elle, n’a pas disparu. Elle s’est dégradée. Elle s’est faite administrative. Avant, on risquait sa réputation pour une phrase. Aujourd’hui, on protège sa place pour ne rien dire. Et c’est peut-être ça, le pire : ils ne se haïssent même plus assez pour bien écrire. »

Face à ce constat, Rateau nous dit que bien des voix deviennent progressivement invisibles, non parce qu’elles écrivent moins bien, mais parce qu’elles écrivent de travers, hors du balisage moral dominant : « Il suffit d’un livre trop libre, d’une ironie mal comprise, d’un refus d’entrer dans la chorale du bien pour que l’écrivain glisse doucement hors du cercle. La vie littéraire adore célébrer, mais elle sait aussi oublier. Ce qui frappe, ce n’est pas la polémique : c’est la facilité avec laquelle une œuvre exigeante peut être tenue à distance lorsqu’elle ne se plie pas aux attentes morales et narratives du moment. Il faut dire aussi que la littérature française vit désormais sous un étrange partage des eaux. Officiellement, elle serait au-dessus de la politique ; en réalité, elle en est saturée. Les écrivains sont classés, rangés, étiquetés avec la minutie d’un archiviste : progressiste fréquentable, réactionnaire suspect, voix utile ou voix douteuse. Et il suffit parfois d’un livre, d’une phrase, d’une ironie mal orientée pour basculer d’un camp à l’autre. La littérature, qui devrait être le lieu du doute et de la complexité, devient alors un champ de surveillance morale. Chaque époque a ses inquisiteurs. Hier, ils étaient religieux ou moraux ; aujourd’hui, ils sont idéologiques. Mais la logique reste la même : surveiller les écrivains, vérifier qu’ils parlent du bon endroit, qu’ils dénoncent les bons ennemis, qu’ils partagent les bonnes indignations. Celui qui s’écarte de la ligne devient vite suspect, sinon infréquentable. Or c’est précisément contre cette domestication que la littérature existe. Elle n’est ni de droite ni de gauche : elle est du côté de l’expérience humaine, c’est-à-dire du conflit, de l’ambiguïté, du tragique. Elle ne prêche pas, elle explore. Elle ne distribue pas les bons points moraux, elle regarde l’homme dans ce qu’il a de plus contradictoire. »

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

Bibliographie

Roman:

Noir de soleil, Maurice Nadeau, 2020.

Poésie:

Le Pays incertain, La rumeur libre, 2024.
Anthologie, Ces instants de grâce dans l’éternité, Le castor Astral, 2024.
Anthologie, Génération Manifeste, Éditions Manifeste, 2024.
De mon sous-sol, Tarmac, 2024.
Pour ceux qui veillent encore, Éditions Sémaphore, 2024.
Nemo, livre illustré avec Jacques Cauda, RAZ éditions, 2023.
Pour qui parle le poète, La page blanche, 2023.
Conspiration du réel, Unicité, 2022.
Poème Païen, livre d’artiste avec Danielle Péan Le Roux, OEil de la Méduse, 2022.
Imprécations nocturnes, Conspiration Éditions, 2022 ; Prix Amélie Murat et Prix Renée-Vivien 2023.



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules



 
Dossier : J.- V. FOIX & le surréalisme catalan n° 60

DOSSIER : LA POÉSIE CORSE CONTEMPORAINE n° 63