Jean-Pierre ELOIRE

Jean-Pierre ELOIRE



Jean-Pierre Eloire est né en 1950. Il a passé son enfance dans un milieu rural isolé, dans l’Aube, avant, travailleur manuel, d’exercer des métiers astreignants et pénibles. Il vit depuis deux ans dans un petit village de Haute-Saône.

Mon parcours professionnel, nous dit-il, est tellement inintéressant qu'il vaut peut-être mieux en parler le moins possible car « on » se méfie toujours du travailleur manuel qui se mêle d’écrire, on s’attend à ce qu’il fasse de l’art brut ou de la poésie ouvrière

Après avoir quitté l’école à l’âge de seize ans, sans aucun diplôme, Jean-Pierre Eloire exerce successivement les métiers de manœuvre puis d’ouvrier tisserand : « Il y avait à l’époque beaucoup d’usines de tissage dans la région de Sedan, où je résidais. Pour me libérer de l’usine où la vie était très dure, je passai le permis P.L et devins chauffeur-livreur, puis conducteur d’engins en travaux publics. Ayant effectué un stage de conducteur-routier, j’exerçai ce métier une vingtaine d’années. Je parcourais une grande partie de l’Europe et un peu du Moyen-Orient. Vers l’âge de 40 ans j’ai essayé de devenir indépendant en me faisant camelot. J’exerçai ce métier environ cinq ans, juste pour gagner ma vie, car il ne me plaisait guère. Puis, bien qu’ignorant tout de la menuiserie, je me suis mis à fabriquer des meubles. J’avais créé une petite gamme d’une vingtaine de modèles, de style provençal, que je vendais sur les foires, les salons de l’habitat, les brocantes à Paris, et, en été, sur les marchés de l’île de Ré. Cela a marché quelques années, mais c’était très éreintant car je devais fabriquer pendant la semaine et vendre les samedis et dimanches, ce qui ne me laissait aucun repos. J’ai ensuite importé des meubles de Pologne pour les vendre en dépôts-ventes. Le reste étant à l’avenant…. »

Comment avec une telle vie, Jean-Pierre Eloire a-t-il pu trouver la ressource d’écrire de la poésie ? Il nous répond : « Sur le tard. Je crois que c’est parce que, même dans les situations les plus banales, j’ai toujours eu une perception « poétique » des choses. Et, probablement, cette façon de percevoir était si inscrite en moi qu’elle devait resurgir un jour ou l’autre. Et puis je n'ai jamais cessé complètement de m’intéresser à la poésie. J’avais, en 1974, acheté l’ouvrage de Serge Brindeau intitulé La poésie contemporaine depuis 1945, dans lequel j’ai découvert tous les poètes contemporains, dont Yves Martin, Robert Champigny, Jean Breton, Guy Chambelland, Jean Orizet et quelques autres. Je m’étais aussi abonné à une revue extraordinaire intitulée Poésie 1, éditée par les éditions Saint-Germain-des-Prés. Ne les ayant plus, je rêve toujours de retrouver les anciens numéros... »

A lire Jean-Pierre Eloire, on se dit que rien n’est jamais perdu et que toutes ces bouées poétiques, ces mots de sang et de chair, ces pages déchirées du vécu ; non, tout cela n’a pas fait en vain !

La preuve, une fois de plus, avec ses lectures, son parcours et ses propres poèmes. Tout cela vient contredire le dérisoire ou le « à quoi bon », que l’on peut parfois ressentir ou éprouver. Nous sommes loin, dans le poème comme dans le vécu du poète, de ces mirlitons qui nous encombrent et c’est tant mieux !

Jean-Pierre Eloire n’avait jusqu’alors jamais publié, ni même fait lire, ses poèmes, dont un choix parait, pour la première fois, dans Les Hommes sans Épaules n°48, en 2019.

Les poèmes de J.-P. Eloire ont leur univers propre, qui allient l’humour à la rudesse, le féroce à la tendresse, pour délivrer une parole humble et authentique, une vérité humaine forte et inédite.

J.-P. Eloire nous dit encore : « J’ai écrit quelques vers lorsque j’avais 20-30 ans. Puis, les trouvant trop insignifiants et exerçant de plus des métiers manuels très durs et très accaparants, j’ai arrêté. Ce n’est que l’année dernière (alors que j’avais 68 ans !) que j’ai repris ma plume pour écrire les quelques textes que je vous ai envoyés. Il me semblait que ma forme d’inspiration s’était un peu améliorée et surtout je voulais tenter de répondre à la question : À partir de quel moment, un texte écrit peut-il être qualifié de poétique ? Je n’ai, bien sûr, toujours pas trouvé la réponse. L’univers dont je parle la plupart du temps est tout simplement celui qui était le mien dans mon enfance ayant passé celle-ci dans une ferme isolée de l’Aube, où n’existaient ni eau courante ni électricité, les conditions quotidiennes étant encore pratiquement celles du 19èmesiècle. Si la vie à la campagne a gagné aujourd'hui en confort, le niveau général des esprits aurait plutôt tendance à être tiré vers le bas. Ce qui ne m’empêche pas de trouver, de temps à autre, une petite illumination... »

Jean-Pierre Eloire est l’une des plus belles révélations de la rue Les Hommes sans Épaules !

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Épaules).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules



 
DOSSIER : Georges HENEIN, La part de sable de l'esprit frappeur n° 48

Dossier : LA POESIE ET LES ASSISES DU FEU : Pierre Boujut et La Tour de Feu n° 51