Jean FOLLAIN

Jean FOLLAIN



Jean Follain naît le 29 août 1903, dans le petit bourg de Canisy, au sud de Saint-Lô, dans la Manche, où il passe son enfance. Dès 1913, il fréquente le collège de Saint-Lô, où son père est professeur de sciences naturelles. En 1921, il entreprend des études de droit à la Faculté de Caen. Jean Follain se fixe l'année suivante à Paris, effectue un stage chez un avoué, et découvre les milieux littéraires. En 1927 il s'inscrit au Barreau de Paris, participe aux réunions du groupe “Sagesse”, fait la connaissance d'André Salmon, Pierre Reverdy, Pierre Mac Orlan, Max Jacob et Armen Lubin. Il publie en 1933 son premier recueil, "Cinq poèmes", se lie avec Eugène Guillevic et Pierre Albert-Birot. Il se marie en 1934 avec la fille du peintre Maurice Denis, Madeleine, peintre elle-même sous le nom de Dinès. Il reçoit en 1939 le Prix Mallarmé. Malgré sa très mauvaise vue, il est mobilisé en 1940 comme canonnier dans la DCA de Châteaudun. Jean Follain, qui reçoit en 1941 le Prix Blumenthal, soutient ensuite les mouvements poétiques qui refusent l'ordre de Vichy.  En 1951 il abandonne sa carrière d'avocat, continuant de résider à Paris, pour un poste de magistrat au Tribunal de grande instance à Charleville. Membre du Comité du PEN club depuis 1949 il voyage à ce titre, en 1957, en Thaïlande et au Japon, et reçoit en 1958 le Prix international de Capri. Multipliant les voyages, au Brésil, au Pérou et en Bolivie (1960), plus tard aux États-Unis (1966), en Côte d'Ivoire et au Sénégal (1967), il abandonne en 1961 la magistrature, participant assidûment aux Décades culturelles de Cerisy-la-Salle, tout proche de Canisy. Il meurt à Paris le 10 mars 1971, alors qu'il rentre d'un banquet donné sur le bateau du Touring Club, renversé par une voiture peu après minuit, au débouché du tunnel sur le quai des Tuileries. Il est enterré le 16 mars à Canisy.  

L'œuvre de Jean Follain, par l'humilité de son regard, par l'infinie précaution de son geste pour appréhender le monde, peut d'abord passer inaperçue. Ici, la discrétion et l'application à l'instar des patientes fouilles archéologiques: méticuleusement, avec les instruments qui peuvent sembler les plus rudimentaires, le poème vient mettre à jour les signes de notre mémoire, de nos profondeurs, de notre Histoire. Nous sommes habitués à des textes plus fracassants: Artaud, Rimbaud, Lautréamont ; nous sommes aussi habitués à des voix plus brillantes : René Char, Saint John Perse : à des voix sophistiquées : Mallarmé ; à de grandes théories poétiques : André Breton. Devant cela je dirais que l'œuvre de Jean Follain ne nous arrête pas, ne nous séduit pas dès l'abord. Elle s'installe auprès de nous discrètement, sans bruits inutiles. On n'y a pas pris garde et un jour on s'aperçoit qu'elle est là, que ses signes nous interrogent et qu'ils nous ont bouleversés. Un jour on s'aperçoit que l'on parle depuis cette œuvre. Cette poésie nous bouleverse d'autant plus profondément qu'elle n'a pas provoqué en nous cette résistance - je dirais même cette censure - que le lecteur oppose si souvent au poète. Nous sommes ici, nous nous croyons, en pays reconnu, autorisé. Nulle censure donc et le mystérieux réel s'infiltre.

 A lire :  Cinq poèmes, La Rose des Vents, 1933;  La Main chaude, Corréa, 1933; Huit poèmes, Debresse, 1935 Paris, Corréa, 1935; Phébus, 1978;  Le Gant rouge, Sagesse, 1936; La Visite du domaine, G. L. M., 1936; Chants terrestres, Denoël, 1937; L’Épicerie d'Enfance, Corréa, 1938; Ici-bas, Éditions du Journal des Poètes, 1941; Canisy, Gallimard, 1942;  Inventaire, Cahiers de Rochefort, 1942; Usage du temps suivi de Transparence du monde, Gallimard, 1943; Exister, Gallimard, 1943; Chef-lieu, Gallimard, 1950. Nouvelle édition, 1986; Les Choses données, Seghers, 1952; Territoires, Gallimard, 1953; Palais souterrain, PAB, 1953; Objets, Rougerie, 1955; Tout instant, Gallimard, 1957; Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars, Plon, 1959; Des heures, Gallimard, 1960; Poèmes et prose choisis, Gallimard, 1961; Appareil de la terre, Gallimard, 1964; Pérou, Rencontre, 1964; Cheminements, Club du Poème, 1964; Célébration de la pomme de terre, Robert Morel, 1966; Petit glossaire de l'argot ecclésiastique, Jean-Jacques Pauvert, 1966; D'après tout, Gallimard, 1967; Approches, Vodaine, 1969; Éclats du temps, Duchêne, 1971;  Espaces d'instants, Gallimard, 1971; Collège, Gallimard, 1973; Comme jamais, Éditeurs Français Réunis, 1976; Faire valoir, Commune mesure, 1976; Noir des carmes, Commune mesure, 1976; Le pain et la boulange, La Feugraie, 1977; Présent jour, Galanis/Fata Morgana, 1978; Les Uns et les autres, Rougerie, 1981; Cérémonial bas-normand, Fata Morgana, 1982; La Table, Fata Morgana, 1984; Canisy suivi de Chef-lieu, Gallimard, 1986; Ordre terrestre, Fata Morgana, 1986; Agendas 1926-1971, Seghers, 1993.

                                                                                                                           Guy Allix



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Dossier : MARC PATIN et le surréalisme n° 17