Dominique MARBEAU

Dominique MARBEAU



Dominique Marcel Beau alias Dominique Marbeau, né à Poitiers en 1950, accomplit des études littéraires au lycée Jules Verne de Nantes, où il est éveillé à la poésie (« Ma vie en a été changée »), par son professeur de français-latin en première et terminale, Daniel Briolet (1933-2003), qui a fondé la Maison de la poésie de Nantes et a consacré de nombreux livres à la poésie contemporaine, dont un remarquable essai : La Tour de Feu revue internationaliste de création poétique, 1946-1981 (Du Lérot éditeur, 1991). Dominique Marbeau devient professeur certifié d’EPS, en activité à Nantes, à Strasbourg, puis à Bordeaux.

De retour à Poitiers, il participe à l’aventure de la Maison de la Poésie de Poitiers, aux côtés de Jean-Claude Martin et Odile Caradec. Une autre aventure importante pour lui, est sa participation aux éditions Encres Vives, qui a lancé et accompagné de nombreux poètes. Soit, près de 2 000 recueils (de grands cahiers artisanaux en A4) et 400 auteurs publiés. Son animateur et fondateur, en 1960, Michel Cosem (1939-2023), le « poète du bonheur intérieur », pour Robert Sabatier, nous dit de cette odyssée : « Tout en demeurant dans un format modeste, Encres Vives continue d’attirer, de retenir, d’influencer des générations nouvelles, en faisant preuve à la fois d’exigence et d’ouverture. C’est là je pense une volonté affirmée qui regarde plus certainement vers l’avenir que vers le passé ».

Une très belle anthologie rend hommage à cette singulière équipée poétique : Encres Vives, 60 années d’édition (éditions Rafael de Surtis, 2025). Cette aventure se poursuit aujourd’hui sous la houlette du poète et astrophysicien Éric Chassefière, qui écrit : « Dominique Marbeau dessine un chemin. Il l’a taillé dans la chair de sa vie, dans la frémissante argile de l’inspiration, dans les flots contraires d’une longue tempête. Retenons-en l’exemplarité émouvante et salutaire, car la Poésie nous demande d’épuiser notre vie pour nous livrer quelques-uns de ses dons. »

À ce dernier, lors d’un entretien en 2022 (in francopolis.net), Dominique Marbeau confie : « Je suis convaincu qu’écrire donne un sens à la vie. C’est « vivre et non survivre » dit Edgar Morin. Se placer au-dessus des contingences matérielles et des simples nécessités du quotidien. À 17 ans, au cœur d’une adolescence troublée, mon meilleur ami s’est suicidé. Nous voulions aller « jusque dans l’inconnu pour trouver du nouveau ». Même vivre ne nous suffisait pas ! Cette disparition m’a beaucoup marqué et j’ai compris alors qu’il était quasiment impossible d’écrire un poème sur la mort de quelqu’un qui vous est cher. Mais à chaque étape douloureuse de ma vie, l’écriture de poèmes s’imposait d’elle-même. Maintenant, les choses se présentent autrement. Je pratique en effet une culture du silence comme condition d’accueil du poème, me ménageant un temps d’écoute tourné vers la voix intérieure. Mais il ne faut pas que le silence reste silence sinon il devient effrayant (celui des espaces infinis qu’évoque Pascal). Attendre que vienne l’idée poétique et les mots pour la peindre, trouver la bonne structure sonore. À partir de là commence à poindre une petite lueur, c’est la lumière du poème, la petite étoile qui apparait dans la nuit de la page. On parle de la feuille blanche mais nous sommes le plus souvent dans la nuit. »

Enfin, fidèle lecteur et abonné des HSE, Dominique Marbeau est un lecteur insatiable et passionné de la poésie des autres, qu’il aime donner en partage.

César BIRENE

(Revue Les Hommes sans Epaules)

À lire (aux éditions Encres Vives) : Les Noces perdues (2013), Contre-feux (2013), L’Errance du cerf (2014), Un cœur clair (2015), Chacal de Compagnie (2016), Côte ouest, Vendée et Poitou (2017),  Les Nuits Secrètes (2018), Le Secret de Javigne (2018), Clarté des Sources (2019), Nœud d’attache (2019), Un silence d’argile (2020), Mes chemins de Loire (2021), Quelques gouttes insondables (2021), Une autre solitude (2024), Frisbee ou le retour des petits malheurs (2025), Noces de cendre, Chemin d’azur (L’Harmattan, 2025), Une mémoire fauve (L’Harmattan, 2025), E Urgente (2025) : On est venu sous nos yeux – décapiter le progrès, écrit-il à propos de l’assassinat du professeur Samuel Paty, le 16 octobre 2020, à Éragny-sur-Oise.



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
DOSSIER : LA POÉSIE CORSE CONTEMPORAINE n° 63