Alain MERCIER

Alain MERCIER



Poète, essayiste, animateur (il a dirigé la revue Évohé) né en 1936, à Compiègne, Alain Mercier a publié sa première plaquette de poèmes à l’âge de dix-sept ans, aux éditions Seghers, alors qu’il terminait ses études secondaires au Lycée de Reims. Son goût pour la poésie s’est manifesté très tôt. Alain Mercier considère ses recueils de la vingtième année, comme des gammes ou des ébauches. Avec une bonne part d’injustice, semble-t-il. Dans Vol, dans Errances, il avait des colères, une flamme pour vivre, il savait culbuter le désir dans les fossés de l’imaginaire. Le poème « A l’origine » nous parait toujours aussi singulièrement juste et provocateur. Depuis Itinéraire, Mercier s’est orienté vers un réalisme fantastique nourri à la fois par l’expérience quotidienne et par les traditions secrètes. Esprit tourmenté et insatisfait, sa poésie prend volontiers un tour énigmatique ou ésotérique, se hérisse d’épines et d’arêtes ou s’attarde à la sensation rare. Serge Brindeau a bien remarqué que la nuit, dans l’espoir ou la crainte de l’aube, était le domaine d’Alain Mercier. Cette nuit est peuplée de puissances maléfiques, comme on le voit dans de nombreux poèmes, dont la qualité de la forme n’est pas sans rapport avec l’inspiration traditionnelle. L’imaginaire, poursuit Brindeau, l’aide à supporter ce monde dont il redoute la cruauté, tout en paraissant parfois s’y complaire. Mais Alain Mercier, s’il joue avec son propre désespoir, se laisse aussi guider par des lueurs à la plupart d’entre nous invisibles. Alors il n’éloigne pas l’idée de pouvoir « dormir un jour sur le sable des dieux. » Qu’Alain Mercier soit dans la vie courante, en pleine magie journalière, ou dans l’imaginaire, il cherche, ajoute Robert Sabatier : « le charme des poisons ou des fleurs vénéneuses en même temps que, parallèlement aux ombres, il illumine le poème, peut-être pour chercher des raisons d’être et de ne pas désespérer. Tout paraît « nimbé d’or céleste », de sensualité et d’une pureté recherchée au cœur du mystère. » Guy Chambelland, qui édita son meilleur livre de poèmes, Le Lion vert, disait de lui qu’il était « un magicien de l’imaginaire ». Un constat s’impose, comme l’écrit Jean-Luc Maxence : « ce poète trop discret n’a toujours pas la place qu’il mérite dans le rayon de l’émerveillement d’inspiration ésotérique, si ce n’est alchimique ou maçonnique. »

 

César BIRENE

(Revue Les Hommes sans Epaules).

 

A lire : Ligne de cœur (Seghers, 1953),  Vol (Caractères, 1954), Paupières du jour (La Presse à Bras, 1954), Errances (P.J. Oswald, 1959), Itinéraire (éd. Chambelland, 1964), Formulaire (éd. Chambelland, 1969), Les Sources ésotériques et occultes de la poésie symboliste : 1870-1914, essai, (Nizet, 1969), Le Lion vert (éd. Chambelland, 1973), Éliphas Lévi et la pensée magique au XIXe  siècle (Seghers, 1974), La Mère et l'enfant, anthologie, (La Pibole, 1979), Le Fantastique dans la poésie française, anthologie, (La Pibole, 1980),  La Poésie initiatique vivante, anthologie, (Les 4 Fils, 1983), Rayonnement du symbolisme, essai, (Nizet, 1994).

A consulter : Serge Brindeau, La poésie contemporaine de langue française depuis 1945 (éd. Saint-Germain-des-Prés, 1973) ; Jean-Luc Maxence, Anthologie de la poésie Maçonnique et Symbolique (Dervy, 2007).